Le théâtre comme force de résistance mentale…

Jean-Pierre Han

5 octobre 2026

in Critiques

Viva d’après les textes de Charlotte Delbo, mise en scène de Valentine Catzéflis, adaptation Mathild Schaller et Valentine Catzéflis, guitare Yvon Chagué, les 7, 8, 9 octobre à 20 h, le 10 octobre à 16 h et 20 h, au 100 ecs (Etablissement Culturel Solidaire), Tél : 01 46 28 80 94.

En ces temps où le négationnisme risque de fortement refaire surface (a-t-il malheureusement jamais disparu ?), mettre en exergue la figure et les paroles de Charlotte Delbo est pour ainsi dire une nécessité. Ne serait-ce qu’à ce titre il faut remercier Valentine Catzeflis et Mathild Schaller (avec la précieuse aide du musicien Yvon Chagué), d’avoir conçu ce « petit » (dans sa forme) spectacle sur la figure de la résistante qui fut la secrétaire de Louis Jouvet, le quitta lors d’une tournée en Amérique latine entreprise depuis le début des hostilité de 1939-45 pour revenir en France se battre en entrant dans la Résistance avec son mari Paul Dudach. Tous deux furent arrêtés, au moment où ils travaillaient à la parution du premier numéro des Lettres françaises, Paul exécuté au Mont Valérien. Charlotte fut enfermée avec plusieurs centaines de résistantes au fort de Romainville, avant d’être remise à la Gestapo et envoyée avec 230 femmes à Auschwitz-Birkenau le 24 janvier 1943 d’où elle ne sortira qu’en janvier 1944 avant d’être transférée à Ravensbrück jusqu’en avril 1945. Elle sera l’une des 49 rescapées de ce convoi…

La petite scène du Cent n’autorise pas les grands déploiements scénographiques, mais qu’importe, Valentine Catzefils et Mathild Schaller savent l’habiter comme les metteurs en scène, Bernard Sobel et Matthieu Marie avant elles. Les deux jeunes femmes sortent d’ailleurs de l’Antigone mise en scène par ce dernier donné sur un plus grand plateau (l’Épée de bois). Soit donc ici une simple table avec quelques papiers épars, deux micros… un dispositif qui est celui d’une radio. Les comédiennes qui ont elles mêmes réalisé ensemble le montage des textes reprennent en fait au départ les paroles de Charlotte Delbo et de Jacques Chancel dans sa célèbre émission « Radioscopie » émise sur France Inter le 2 Avril 1974 pour les porter à un point de lucide incandescence ; les mots de Charlotte Delbo (Mathild Schaller) répondant à l’animateur (Valentine Catzefils) sont admirables de clarté, force et intelligence, même si on en connaissait la teneur à travers les ouvrages de l’autrice. « Si je rentre, j’écrirai un livre » avait-elle affirmé comme si elle répondait à l’avance au titre de la tragédie qu’elle avait écrite, Qui portera ces paroles ? paru en 1974… Mathild Schaller et Valentine Catzefils, elles, se débarrassant de l’éventuelle contrainte du dispositif scénique (l’émission de radio) mis en place, portent donc au théâtre ces paroles. Et ce n’est pour ainsi dire que justice si on veut bien se rappeler ces épisodes où les prisonnières fouillaient leurs mémoires pour reconstituer mot après mot Le malade imaginaire puis Le Misanthrope de Molière… pour résister et survivre…