FESTIVAL IN : L’art du théâtre enfin retrouvé
CAPRA (Une chèvre). Spectacle de Jeanne Candel. Festival d’Avignon, jusqu’au 25 juillet à 18 heures. Gymnase du lycée Mistral. Tél. : 04 90 14 14 14. festival-avignon.com
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Passer du pesant Bunker (le titre est parlant !) de Marion Siefert et Matthieu Bareyre, à Capra (une chèvre) de Jeanne Candel, c’est passer des semelles de plomb à la légèreté (souriante et néanmoins profonde) de la pensée et de l’imagination. Inutile de préciser vers quel univers notre cœur balance !
Comme quoi la pensée n’a pas forcément besoin de se faire annoncer. Elle y est ou elle n’est pas, elle parle ou ne parle pas. À ce jeu (théâtral) on trouvera son compte avec Jeanne Candel – mais cela toute son œuvre, tout son parcours nous y invitent depuis longtemps. Et sa dernière proposition donc suit, développe, prend par le biais, fait des pas de côtés par rapport à ses précédentes créations, les creuse, les inverse, les mélange, insiste cette fois-ci encore davantage sur son aspect musical… : un vrai fouillis, un maelström… au fond tout ce que l’on aime chez elle et ses camarades (ils sont huit sur scène pour raconter, inventer l’univers ou les univers qui vont éclore sous nos yeux et dans nos oreilles). Tout ce que l’on aime au théâtre en somme.
Spectacle patraque, fouillis, foisonnant, exubérant… les adjectifs manquent, nous en sommes bien d’accord, mais à y regarder de près, pas tant que ça peut-être, ce foisonnement, cette exubérance y sont sans aucun doute, sauf qu’ils sont parfaitement gérés, voire maîtrisés dans un ordonnancement pas forcément évident de prime abord. Le talent de Jeanne Candel consiste à faire son miel de tout cela, de toutes les inventivités de ses camarades de plateau, mais en parvenant en dernière analyse à les gérer, voire à les maîtriser et éventuellement à les diriger. Une sorte de fourre-tout, mais avec des motifs qui reviennent, se développent, filent vers une autre direction, comme dans toute bonne partition musicale. C’est un immense puzzle en constante évolution et déformation, pièce par pièce, avec des motifs ou des pièces qui réapparaissent, sont assénées dans une forme légèrement modifiée.
Une femme à la grossesse très avancée, dont le surnom est CAPRA (symbole de Dionysos, ce qui nous mène tout droit au théâtre) entre en scène, elle se met à un piano où après quelques notes elle s’écroule, une fois, deux fois, adopte une drôle de posture avant de reprendre le jeu et alors que d’autres musiciens envahissent le coin destinés aux instruments, pianos, batterie… Tous regroupés, c’est toute une foule à tout le moins une troupe. Exit Capra qui revient, se place devant un rideau face au public, jambes écartées un petit castelet entre les jambes et nous invite à entrer dans l’antre qui s’ouvre devant nous et alors qu’un voile se déploie sur toute la scène découvrant l’inscription
« Nous allons nous servir du théâtre pour regarder à l’intérieur de cette femme ». Dont acte, c’est le spectacle. Puis revoici la formidable Pauline Huruguen, débarrassée de son gros ventre… et qui explique les origines de son pseudonyme lié au comportement d’une chèvre comme l’indique le sous-titre du spectacle… Peut-être est-ce cela l’origine du monde, l’origine de la création que recherche et revendique Pauline Huruguen, faisant surgir ce qui nous constitue au plus profond de notre mémoire dont nous ne pouvons nous départir… C’est aussi sur cette thématique qu’évolue avec joyeuseté, dans une sorte de bricolage (pensé) de tous les instants, qu’évolue ce spectacle, car spectacle (et quel !) il y a, cela par la grâce de Pauline Huruguen, déjà citée, Jeanne Candel bien sûr, Vladislav Galard, Sarah Le Picard, Léo-Antoine Lutinier, Laure Mathis, Matthieu Nolleau et Thibaud Perriard également directeur musical, dans la superbe et très juste (dans sa simplicité même) scénographie de Lisa Navarro.
Photo : © Christophe Raynaud de Lage/Festival d’Avignon
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