AVIGNON IN : Impossible oubli
Oiseau de Han Kang. Mise en lecture de Julie Deliquet. Cour d’honneur du palais des Papes, les 15 et 16 juillet à 22 heures.
Che dolore terribile è l’amore de Daria Delflorian d’après Impossibles adieux de Han Kang. Jusqu’au 18 juillet à 22 heures. Cloître des Carmes. Tél. : 04 90 14 14 14. festival-avignon.com
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Impossibles adieux, dernier roman paru de la nobélisée Han Kang, paru chez Grasset (avant que cette maison ne tombe dans les filets de Bolloré) en 2023 puis repris en poche il y a un peu plus d’un an, une fiction pour une double approche scénique, une belle occasion de mieux approcher sinon pénétrer les secrets de l’œuvre ? Pas si sûr que cela et au final le même voile sinon de mystère (de toute grande création), du moins d’interrogations entoure l’œuvre. La faute à Julie Deliquet, dans la cour d’honneur du palais des Papes, et à Daria Deflorian au cloître des Carmes ? Sans doute pas, mais tout n’est pas si simple. D’abord parce que les deux metteuses en scène n’opèrent pas du tout dans le même registre de jeu. Celui de Julie Deliquet avec bien sûr les comédiennes Isabelle Huppert et Hyeyoung Lee, avec l’autrice en fin de séance, Han Kkang en personne, étant celui d’une « simple » lecture-performance – on ne comprend guère par ailleurs les raisons pour lesquelles il est question de performance, si ce n’est la démangeaison de l’actrice française de vouloir jouer et plus seulement lire –… Simple lecture ajoutera-t-on qui aurait permis d’éclairer le roman, alors que le choix des passages lus nous mène déjà quand même sur le chemin d’une certaine lecture, d’une certain regard sur l’œuvre. Ainsi le premier volet de la lecture reprend tout simplement le titre de la première partie du livre, Oiseau. Mais bien sûr la découverte du livre de Han Kang reste fondamentale.
En revanche évidemment dans le spectacle de Daria Deflorian, Che dolore terribile è l’amore, on est d’ores et déjà, et de manière parfaitement explicite donc, ailleurs ou au-delà tout en étant fidèle à l’esprit de l’autrice coréenne. Avec l’artiste italienne qui trouve sans doute chez Han Kang une voix qu’elle entend et avec laquelle elle pense s’accorder : elle a déjà adapté et mis en scène La Végétarienne de l’autrice présenté notamment dans le cadre du festival d’automne de 2024 à l’Odéon.
Qu’est-ce qui justement accorde aussi bien (ou pas) l’univers de Daria Delflorian à celui de Han Kang ? En tout cas alors que dans la cour du cloître des Carmes, la scénographie d’Andrea Pizzalis s’impose d’elle-même : poutres à moitié calcinées disposées selon une figure bien précise qui pourra d’ailleurs être modifiée sur un tapis de sol rectangulaire blanc sali, déterminant les déplacements des deux premières protagonistes, Daria Delflorian et Monica Poseddu (la narratrice Gyeonghu et son amie Inseon dans le roman), deux amies de très longues dates dans la fiction, jusqu’à ce qu’une autre réalité, celle d’un autre monde, celui des ombres, des fantômes avec l’apparition d’une troisième personne, celui de la mère de l’une des deux amies (Anna Coppola) ne vienne recouvrir celle exposée au départ. Temporalités bouleversées, surgissement du passé enfoui, peut-être symbolisé par des caisses en bois peut-être rescapés d’un naufrage… on ne sait trop, et alors qu’en fin fond de scène sous les arcades est accroché une cage en bois, la cage vide de l’oiseau qu’il s’agissait de sauver : tout un symbole.
Surgit alors ce qui ne saurait être malgré le temps écoulé depuis longtemps l’insoutenable que l’oubli ne saurait absorber, la répression du soulèvement de Jeju de 1948 qui fit des milliers de morts, et dont la Corée n’arrive pas vraiment à effacer, marque honteuse et indélébile, dans son histoire. Ce n’est pas un hasard si plusieurs spectacles de la programmation coréenne du festival tournent autour de ce massacre… Ce que Daria Delflorian donne à sentir de sa manière très particulière, dans son style.
Photo : © Christophe Raynaud de Lage/Festival d’Avignon
Impossibles adieux, dernier roman paru de la nobélisée Han Kang, paru chez Grasset (avant que cette maison ne tombe dans les filets de Bolloré) en 2023 puis repris en poche il y a un peu plus d’un an, une fiction pour une double approche scénique, une belle occasion de mieux approcher sinon pénétrer les secrets de l’œuvre ? Pas si sûr que cela et au final le même voile sinon de mystère (de toute grande création), du moins d’interrogations entoure l’œuvre. La faute à Julie Deliquet, dans la cour d’honneur du palais des Papes, et à Daria Deflorian au cloître des Carmes ? Sans doute pas, mais tout n’est pas si simple. D’abord parce que les deux metteuses en scène n’opèrent pas du tout dans le même registre de jeu. Celui de Julie Deliquet avec bien sûr les comédiennes Isabelle Huppert et Hyeyoung Lee, avec l’autrice en fin de séance, Han Kkang en personne, étant celui d’une « simple » lecture-performance – on ne comprend guère par ailleurs les raisons pour lesquelles il est question de performance, si ce n’est la démangeaison de l’actrice française de vouloir jouer et plus seulement lire –… Simple lecture ajoutera-t-on qui aurait permis d’éclairer le roman, alors que le choix des passages lus nous mène déjà quand même sur le chemin d’une certaine lecture, d’une certain regard sur l’œuvre. Ainsi le premier volet de la lecture reprend tout simplement le titre de la première partie du livre, Oiseau. Mais bien sûr la découverte du livre de Han Kang reste fondamentale.
En revanche évidemment dans le spectacle de Daria Deflorian, Che dolore terribile è l’amore, on est d’ores et déjà, et de manière parfaitement explicite donc, ailleurs ou au-delà tout en étant fidèle à l’esprit de l’autrice coréenne. Avec l’artiste italienne qui trouve sans doute chez Han Kang une voix qu’elle entend et avec laquelle elle pense s’accorder : elle a déjà adapté et mis en scène La Végétarienne de l’autrice présenté notamment dans le cadre du festival d’automne de 2024 à l’Odéon.
Qu’est-ce qui justement accorde aussi bien (ou pas) l’univers de Daria Delflorian à celui de Han Kang ? En tout cas alors que dans la cour du cloître des Carmes, la scénographie d’Andrea Pizzalis s’impose d’elle-même : poutres à moitié calcinées disposées selon une figure bien précise qui pourra d’ailleurs être modifiée sur un tapis de sol rectangulaire blanc sali, déterminant les déplacements des deux premières protagonistes, Daria Delflorian et Monica Poseddu (la narratrice Gyeonghu et son amie Inseon dans le roman), deux amies de très longues dates dans la fiction, jusqu’à ce qu’une autre réalité, celle d’un autre monde, celui des ombres, des fantômes avec l’apparition d’une troisième personne, celui de la mère de l’une des deux amies (Anna Coppola) ne vienne recouvrir celle exposée au départ. Temporalités bouleversées, surgissement du passé enfoui, peut-être symbolisé par des caisses en bois peut-être rescapés d’un naufrage… on ne sait trop, et alors qu’en fin fond de scène sous les arcades est accroché une cage en bois, la cage vide de l’oiseau qu’il s’agissait de sauver : tout un symbole.
Surgit alors ce qui ne saurait être malgré le temps écoulé depuis longtemps l’insoutenable que l’oubli ne saurait absorber, la répression du soulèvement de Jeju de 1948 qui fit des milliers de morts, et dont la Corée n’arrive pas vraiment à effacer, marque honteuse et indélébile, dans son histoire. Ce n’est pas un hasard si plusieurs spectacles de la programmation coréenne du festival tournent autour de ce massacre… Ce que Daria Delflorian donne à sentir de sa manière très particulière, dans son style.
Photo : © Christophe Raynaud de Lage/Festival d’Avignon
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