Tragique d'aujourd'hui
The other place, after Antigone, d’Alexandre Zeldin. Mise en scène de l’auteur. Théâtre de la Ville- Sarah Bernhardt. Festival d’automne. Jusqu’au 26 septembre à 20 heures. Tél. : 01 42 74 22 77

À certains égards, sachant que The other place, after Antigone d’Alexander Zeldin fait très explicitement référence à la pièce de Sophocle d’après la commande qui lui a été faite – car il s’agit d’une commande –, la question est de savoir quels sont les raisons d’un tel retour aujourd’hui tous azimuts, vers cette figure emblématique du tragique grec. Avec ce énième retour donc, du plus serré au plus fantaisiste et éloigné, et parfois même à contresens comme par exemple avec l’Antigone en Amazonie de Milo Rau, où situer le dernier travail d’Alexander Zeldin ? On comprend bien, et Zeldin répondant à la question du pourquoi et du comment de ce « parrainage », l’explique parfaitement : il a bien sûr tous les arguments qu’il faut et on ne pourra qu’acquiescer à son discours, celui consistant notamment à mettre au jour les rapports de force au sein d’une cellule familiale, le tout dans un schéma qui reprend également grosso modo la « distribution » des personnages de la pièce de Sophocle. À partir de là, une fois posé le contexte forcément tragique d’une famille moderne et de ses différentes composantes, ne reste plus à l’auteur-metteur en scène qu’à filer vers ses propres habituelles thématiques (on se rappellera le pas si lointain Une mort dans la famille présenté à l’Odéon en 2022, ce qui lui tient à cœur et particulièrement ici l’histoire d’un deuil renvoyant à celui auquel il a lui-même été victime à l’adolescence avec la disparition de son propre père. C’est autour de la figure du père, de son absence – il s’est suicidé dix ans auparavant – que se noue et se développe tout le spectacle. Son absence-présence détermine tout le déroulé de la pièce. Avec son frère (Créon ?) qui vient de reprendre la maison familiale (symbole du pouvoir ?) qu’il entend rénover. Avec sa femme et le fils de celle-ci. Présence de sa nièce (Ismène ?) et retour après dix années de « disparition » de l’autre nièce, l’aînée (Antigone ?), un retour que personne, l’oncle excepté peut-être et on saura pourquoi, n’a réellement souhaité et qui va finir par enclencher le mécanisme de la tragédie… Tout cela se déroule de manière serrée au fil d’une intrigue qui se développe dans la maison du père, reprise, réinvestie par son propre frère et sa femme, avec deux éléments à la symbolique appuyée, la tente que l’on aperçoit à travers la nouvelle grande baie vitrée et dans laquelle l’aînée, Annie, est priée d’aller pour dégager les lieux, et l’urne contenant les cendres du père. Tout le jeu (l’enjeu) consistant à aller les disperser malgré le refus de la jeune femme revenue après dix ans d’absence…
Le travail d’Alexander Zeldin comme celui de ses comédiens (la distribution toujours britannique n’est pas la même que celle de la création de la pièce à Londres en 2024 qui ne comportait d’ailleurs pas la mention « After Antigone » dans le titre) est particulièrement dense et parfait en tous points pour un spectacle qui se déroule dans une unité de temps (24 heures) et de lieu répondant aux critères de toute bonne tragédie…
Photo : © Argyroglo pour A. Zeldin company
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