Saisir l'impossible

Jean-Pierre Han

20 septembre 2026

in Critiques

La Mort de Jean-Marie de Balma de Vincent Guédon. Mise en scène de Pascal Kirsch. Théâtre de la Tempête, jusqu’au 16 octobre 2026 à 20 h 30. Tél. : 01 43 28 36 36. www.la-tempete.fr

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Il y a 7 ans déjà, à ce même théâtre de la Tempête où vient d’être créé La Mort de Jean-Marie de Balma de Vincent Guédon dans une mise en scène de Pascal Kirsch, avait été donné un spectacle de Delphine Hecquet, intitulé Les évaporés. Une belle présentation pour évoquer les nombreuses disparitions de personnes parties sans donner aucune nouvelle et encore moins de justification, au Japon. Le sujet (et le titre) déjà abordé par le romancier Thomas B. Reverdy, a depuis fait florès au point de réapparaître ces derniers temps aussi bien sur les plateaux de théâtre qu’à la télévision où une série a même repris le titre (et un peu les histoires de personnes disparues ) évoqué… C’est d’un tout autre type de disparition – mais disparition il y a bien – que Vincent Guédon évoque et développe dans sa pièce qu’il a confiée à Pascal Kirsch.

Pour être juste, l’évocation entre ces différents types de disparition finissent tous, peu ou prou, par enclencher très logiquement, d’autres types d’évocations, ceux concernant les fantômes par exemple, ceux tournant autour des thématiques des ombres, du silence, du vide et de la mort. C’est bien sûr tout cela que l’on retrouve dans La Mort de Jean-Marie de Balma conjointement dans le texte de Vincent Guédon et la mise en scène de Pascal Kirsch, le tout dans un dispositif particulier, aussi bien au plan de l’écriture qu’à celui de sa présentation scénique, Pascal Kirsch assumant également la scénographie.

Il y a au départ la soudaine et très volontaire disparition d’un homme et la volonté de son frère cadet qui n’aura cessé de tenter de résoudre l’énigme d’un long silence de 29 ans, et qui, au moment où débute la pièce vient d’écrire à son aîné une lettre ouverte publiée dans un journal au titre évocateur de l’Impossible. Un journal qui a réellement existé et qui fut créé par Michel Butel en 2012. Subtil mélange du réel et de la fiction dont on ne se départira pas tout au long du spectacle.

Silence : il n’y aura aucune réponse à cette lettre. Sinon, et celle-là est définitive car le disparu est mort. Ce sera là son seul et unique signe. Commence alors pour celui qui reste une sorte de quête pour saisir ne serait-ce que l’ombre de celui qui fut son frère, un disparu, un fantôme. Lui-même finissant au fil de sa quête par se transformer en ombre, en constant décalage avec le réel. Et dès lors de naviguer au fil des événements dans une sorte d’entre deux, entre songe et réalité, dans un état de mi-conscience que Yann Boudaud nous adresse ou s’adresse à lui-même d’admirable manière. Ce registre-là il le maîtrise à la perfection comme on a déjà pu l’admirer dans son travail avec Claude Régy notamment, avec Pascal Kirsch déjà, ou avec d’autres metteurs en scène comme Michel Cerda et même jadis avec Marc François… Face à lui Catherine Vinatier l’ancre dans une étrange et même « truculente » vraie-fausse réalité, alors que Jonathan Genet et le musicien Alvise Sinivia complètent la singulière mais parfaitement cohérente distribution pour nous faire toucher du doigt ce qui est de l’ordre de l’impossible.

Photo : © Géraldine Aresteanu