AVIGNON OFF : Récital théâtral

Jean-Pierre Han

20 juillet 2026

in Critiques

Jeanne la rebelle d’après Jeanne d’Arc de Joseph Delteil Adaptation et mise en scène de Julie Denisse. Artephile, jusqu’au 25 juillet à 10 h 30. Réservation : www.artephile.com

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Il convient en tout premier lieu de remercier Julie Denisse (et François Heim, tout deux de la compagnie Balagan) d’avoir choisi de porter à la scène l’écriture flamboyante de Joseph Delteil dans son roman Jeanne d’Arc paru voici maintenant plus d’un siècle en 1925 et pourtant toujours d’une étonnante modernité, ce qui est l’apanage des grandes œuvres que le temps de saurait subvertir. Jeanne d’Arc donc que la comédienne-metteuse en scène et interprète transforme toutefois en Jeanne d’Arc la rebelle histoire de bien mettre les points sur les i. C’est effectivement sur le côté rebelle du « personnage » que Julie Denisse qui elle aussi suit Jeanne pas à pas, de sa naissance à son exécution (elle est d’une parfaite fidélité au roman lequel est d’une parfaite fidélité à ce que l’on sait du personnage…), et sans doute éloigné d’une certaine imagerie pas toujours ragoutante. En tout cas ajouter cette mention de rebelle indique bien vers quoi Julie Denisse met l’accent dans son interprétation, notamment sur un plan purement physique, de gestion de sa corporéité. Ce qu’elle réalise sur le plateau est étonnant, éblouissant à coup sûr, mais toujours en pleine maîtrise, dans un tempo qui joue de toutes les nuances et subtilités, prenant appui sur la discrète présence – musicale et physique, il lui suffit d’une seule note ou discrète mimique pour relancer le récit – de François Heim. C’est un authentique et très subtil duo que Julie Denisse et François Heim forment sur le plateau nu (« quatre planches et pas grand-chose » comme disait Roger Vitrac que Joseph Delteil a bien dû côtoyer à l’époque, ne serait-ce qu’au travers de certaines revues) du théâtre. Un théâtre dans lequel toutes les gammes de l’émotion et de la grammaire théâtrale nous sont généreusement offertes, et qui, à travers cette Jeanne si soudainement et joyeusement vivante dressent également un étonnant portrait de femme libre en quoi elle rejoint ici toutes les problématiques d’aujourd’hui.

Ce n’est pas là la moindre qualité de ce spectacle.

Photo : © Émile Zeizig