AVIGNON OFF : Une heure trente de bonheur

Jean-Pierre Han

10 juillet 2026

in Critiques

Sept secondes d’éternité de Peter Turrini. Conception et jeu d’Aurélie Pitrat. Théâtre Transversal. Réservation : theatretransversal.com

Sept-secondes-deternite-2-(c) Joran Juvin

Emmitouflée, une jeune femme tout à la fois accorte et tonitruante accueille les spectateurs à leur entrée dans la salle, leur remet une carte postale de la Höhenstrasse de Vienne en guise de petit cadeau et pour opportunément rappeler que le spectacle que nous allons voir est de Peter Turrini, un autrichien, comme Thomas Bernhard, autre célébrité (controversée dans son propre pays) littéraire et théâtrale du pays.

Dos au public la jeune femme se plante devant le rideau de scène qui finit par être tiré découvrant en fond de plateau un mur d’étagères en bois brut au milieu desquels trône un fauteuil. Sur lequel viendra s’installer la comédienne qui se sera tranquillement « apprêtée » (façon de parler étant donné son nouvel accoutrement) et qui face au public qu’elle regarde dans les yeux pose son verre de whisky sur une petite table installée tout à son côté.

Cette comédienne, c’est, en toute majesté quelque peu déchue ici, Aurélie Pitrat, extraordinaire dans le rôle de cette autre personnalité, celle de Hedy Lamarr, une actrice connue selon le projecteur braqué sur elle sur ce spectacle pour avoir tourné entièrement nue dans sa toute jeunesse (grande première dans l’histoire du cinéma) pendant 7 secondes. Et par ailleurs ayant simulé un orgasme… la séquence passe en boucle sur un petit écran. Scandale… On passera sur la carrière de cette actrice, et inventrice reconnue sur le tard, et surnommée « la plus belle femme du monde ». Mais soyons clair : Peter Turrini n’a pas établi une stricte et très fournie – il y avait très largement de quoi – biographie de cette femme, c’est en véritable écrivain qu’il l’invente et la rêve, et bien sûr Aurélie Pitrat le suit dans les méandres de ses descriptions. Ce qu’elle réalise est d’une belle et fine intelligence, passant d’un état à un autre, d’une phénoménale lucidité malgré les vapeurs de l’alcool (ou grâce à elles !), entre humour et sarcasme. Ce spectacle, Aurélie Pitrat le porte maintenant depuis plusieurs années, largement le temps de le mûrir et de le maîtriser jusque dans ses moindres détails. On remarquera au passage que pas moins de trois complices, Nathanaël Maïni, Olivier Barrère et Virginie Schell, ont assumé la direction d’actrice (avec la dramaturgie pour les deux derniers). Mais c’est bien Aurélie Pitrat qui est à juste titre en pleine lumière pour porter au plus haut les paroles de Peter Turrini parfaitement traduites par les bien connus Silvia et Jean-Claude Berutti-Ronelt, des experts en la matière.

Photo : © Joran Juvin