AVIGNON IN : Une chronique désenchantée
Salma, mon amour, d’Ahmed El Attar. Mise en scène de l’auteur. Présenté à L’Autre Scène du Grand Avignon, Vedène, du 5 au 8 juillet.
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Figure incontournable de la dramaturgie arabe, l’auteur-metteur en scène (et performeur) égyptien Ahmed El Attar connaît aussi sur le bout des doigts tous les codes artistiques des pays dans lesquels il a présenté ses spectacles. C’est tout particulièrement le cas pour la France et le festival d’Avignon où il se produit pour la troisième fois présenté cette fois-ci sous l’égide du label de la Saison Méditerranée 2026 de la commissaire Julie Kretzschmar. À cet égard la liste de producteurs et co-producteurs de son spectacle est assez emblématique. Le résultat sur le plateau est une réalisation découpée au couteau qui pourrait (sauf peut-être dans son dénouement volontairement ambigu) ne laisser aucun doute sur la teneur de son discours et de sa réalisation.
Soit, et personne ne sera réellement dépaysé, puisqu’elle est ainsi présentée selon les schémas convenus dans notre imagination collective, l’« histoire » d’un famille égyptienne « traditionnelle », c’est-à-dire, classe bourgeoise de la « haute », un quatuor, père, mère, deux enfants, un garçon et une fille, un oncle quelque peu pique-assiette, et deux domestique, faisant quasiment partie de la famille jusqu’à ce que… Tout va donc se jouer dans le décor où vivent ces individus, plus vrais que nature au point d’être au bord de la caricature – mais c’est la réalité ! – Ahmed El Attar connaît tout aussi du théâtre documentaire. Il en fait donc largement usage ici. Et les relations entre tous ces individus sont décrites avec minutie et précision, entre réalisme et caricature frisant le comique de bon ton. Mais c’est bien la réalité de cette classe sociale égyptienne, et par-delà arabe, qui est ainsi mise au jour avec le plus grand sérieux.
Nous sommes aux lendemains des événements du 7 octobre 2025 : quels en seront les répercussions sur cette famille si tranquille qui, bien sûr, n’évoquent pas directement l’attentat, mais en subissent indirectement les conséquences : le fils doit se marier avec une jeune et riche américaine, mais la famille de celle-ci retarde de jour en jour sa venue pourtant prévue à cause de la dangerosité d’un tel voyage au Moyen-Orient, à moins qu’autre chose ne les dissuade de l’opportunité d’une telle alliance avec un arabe. En attendant le fils se contente de tenter de lutiner la bonne, ce qui toutefois ne le poussera pas à protester lorsque celle-ci se fera renvoyer. Dans cette famille, père ne pensant qu’à ses affaires (au fric donc) et à sa fille, mère aimant sortir et gérant sa maisonnée en bonne patronne et fille, fils aîné se chamaillant avec la cadette chérie, qui ne pense qu’à alimenter son compte tiktok, mais au bout du compte seule sensible à la tournure des événements politiques secouant le monde arabe. Que ce soit elle, Salma, qui apparaît dans le titre du spectacle est pour le moins parlant et dit bien ce vers quoi, vers qui, Ahmed El Attar tourne ses regards. Vers cette jeunesse d’après le 7 octobre 2025.
Je l’ai dit : on est au bord de la caricature dans un décor de grande maison bourgeoise que toutefois de grandes perches sombres et verticales viennent encombrer sur une bonne partie du plateau, évoquant une forêt de bambous ou des barreaux de prison ceux qui enserrent l’esprit et la vie de cette famille et qui obligent les comédiens (tous égyptiens et parfaits) à des déambulations tortueuses.
Quand on aura ajouté que la pièce s’achève selon notre bon vouloir : soit l’assassinat de la famille par Salma et le domestique avec l’arme très symbolique qu’avait acquise le fils, pistolet plaqué or ayant appartenu à Saddam Hussein, soit au choix sur une sorte d’arrêt sur image et le statut quo on ne peut qu’en déduire qu’Ahmed El Attar n’aura négligé aucun détail…
Photo : © Mostafa Abdelaty
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