Une salutaire bouffonnerie
Tous coupables sauf thermos Grönn de Romane Nicolas. Mise en scène de Sacha Vilmar. Théâtre de la Tempête. Jusqu’au 24 mai à 20 h 30, dimanche à 16 h 30. Tél. : 01 43 28 36 36. www.la-tempete.fr
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Face aux multiples pensums que nous inflige la programmation théâtrale d’aujourd’hui, on ne peut que se réjouir de voir une équipe s’embarquer sur la voie de la bouffonnerie clownesque avec cependant une belle rigueur, pour rendre compte de ce qui, après tout, occupe notre quotidien, un quotidien peuplé de sujets loufoques et tragiques tout à la fois. Parmi ceux-ci l’équipe menée par Sacha Vilmar, à partir de la vision textuelle saisie et transcrite par Romane Nicolas, a décidé de s’attaquer – c’est vraiment le terme – à l’aventure de Carlos Ghosn que l’on peine à qualifier tant elle semble tellement abracadabrante que l’on finirait presque par oublier qu’elle se fonde sur de véritables magouilles politicardes. Le registre, on le sait, a été largement magnifié par Alfred Jarry et son Père Ubu sous la bannière desquels Sacha Vilmar n’hésite pas à se placer.
Le quatuor formé par Fanny Colnot, Étienne Guillot, Véronique Mangenod et Sacha Vilmar en personne, interprétant une multitude de rôles s’en donne à cœur-joie dans le très astucieux (et même plus que cela !) décor en tourniquet signé Emmanuel Charles, avec abondance d’accessoires, de costumes, de perruques, de maquillages : du théâtre total aux couleurs vives ! Le temps que toute la machinerie et le jeu se mettent en place, que le quatuor trouve son rythme qui va croissant jusqu’à l’étourdissement, et que littéralement l’histoire de Ghosn finisse par exploser pour atteindre une hauteur divine (la dernière partie du spectacle se passe au ciel où va apparaître l’archange Michel avec lequel Grönn dialogue et entourloupe), c’est aussi la Divine comédie, version glauque des malfrats politicards de notre temps.
Il y a là une authentique verve, bien maîtrisée, et on est même pris dans le suspense de la fuite de pacotille du truand de cirque dans sa drôle de malle. De ce point de vue le titre du spectacle s’avère d’une belle justesse, « tous coupables », effectivement, « sauf thermos grönn » réduit en pantin dérisoire. On connaît et avalise son registre de jeu… pitoyable. Il ne fait aussi qu’annoncer le beau travail de Romane Nicolas dans le registre de la langue et des multiples inventions qu’il met en pratique, se plaçant dans la lignée de tous les dynamiteurs du langage, de Rabelais hier à aujourd’hui, en passant par moult mouvements, avec une petite pensée particulière pour Jean Tardieu avec Un mot pour un autre, alors que bien sûr on n’aura garde d’oublier, comme c’est revendiqué ici, le papa du Père Ubu, mais Grönn là aussi n’est qu’un médiocre épigone, alors que son modèle, Ghosn, lui, de son côté, doit compter ses billets de banque quelque part au Liban où il réside depuis 7 ans...
Photo : © Fabrice Robin
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