Énigme théâtrale
Des hommes endormis de Martin Crimp. Traduction d’Alice Zeniter. Mise en scène de Ludovic Lagarde. Théâtre de l’Athénée jusqu’au 24 mai à 20 heures, dimanche à 24 à 16 heures. Té. : 01 53 05 19 19. www.athenee-theatre.com

C’est à un spectacle participatif auquel Ludovic Lagarde, avec sa mise en scène de la pièce de Martin Crimp, Des hommes endormis, nous convie. On passe des « hommes endormis » à l’endormissement des spectateurst tant l’œuvre de l’auteur que l’on a connu beaucoup plus inspiré tente ici de multiplier des énigmes absconses, nous balade d’un sujet rebattu à une autre sans véritable liaison et évolue – c’est le sujet paraît-il – dans une sorte de no man’s land entre rêve et réalité aux limites de la conscience en tout cas. Il est vrai – on s’en serait douté – que la pièce est le résultat d’une commande que la dramaturge et metteuse en scène Katie Mitchell lui avait passée en 2018 pour la Deutsche Schauspielhaus de Hambourg qui l’a donc créée. En France c’est Alice Zeniter qui l’a traduite un an plus tard. Que du beau monde qui ne confère pas à la pièce la moindre once de talent. Martin Crimp est à la peine, nous aussi. Il a beau picorer ici et là, reprendre un schéma, celui de deux couples de générations différentes, les mettre en présence (et en conflit ?) comme dans Qui a peur de Virginia Woolf ? d’Edward Albee, il a beau lorgner du côté de Harold Pinter, un maître en la matière, et auteur qu’il apprécie tout particulièrement, et dont il pense peut-être poursuivre le chemin, rien n’y fait. La pièce, énigmatique à souhait aussi bien dans son propos que dans sa constructtion, se traîne en longueur et Ludovic Lagarde a beau lancer sur le plateau un duo d’acteurs de grand talent avec lesquels il a une réelle et forte complicité, Cristèle Tual et Laurent Poitrenaux, bientôt rejoint par un autre duo de comédiens d’une jeune génération celle-là, deux comédiens qui auraient un lien avec leurs aînés, le spectateur finit par lâcher priser. Soit sur scène Guillaume Costanza qui a repris le rôle tenu par Laurent Poitrenaux dans le presque mythique Colonel des zouaves d’Olivier Cadiot mis en scène par… Ludovic Lagarde, et Hortense Girard qui s’est formée à l’école du TNB dirigée par Arthur Nauziciel et… Laurent Poitrenaux. Subtils mais forts liens qui malheureusement ne sauvent pas la pièce de l’ennui qu’elle finit par distiller et qui semble être sa marque de fabrique. En poussant un peu cela aurait pu être du parfait non-sens britannique ! Le résultat c’est que chacun se débrouille comme il le peut pour donner vie (?) à son personnage, notamment Cristèle Tual, une comédienne que l’on apprécie pourtant, qui est à la limite du sur-jeu face à Laurent Poitrenaux qui, assis sur son siège, impassible, semble attendre que les choses passent, Guillaume Costanza de son côté n’a pas grand-chose à se mettre sous la dent et reste donc dans le pas grand-chose, alors que sa partenaire, Hortense Girard, elle, s’en sort mieux, ce qui est tout à son honneur ! On souffre quand même pour eux quatre…
Photo : © Marie Gioanni
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