Banushi au-delà d'une simple révélation
Goodbye Lindita de Mario Banushi. Odeon Théâtre de l’Europe. Salle Berthier, jusqu’au 5 avril à 20 heures, puis Mami du 9 au 16 avril. Tél. : 01 44 85 40 40

Ce fut l’une ou même la révélation du dernier festival d’Avignon. Le jeune gréco-albanais Mario Banushi foulait le sol français pour la première fois après avoir créé son spectacle, le quatrième de sa jeune carrière (il avait alors 26 ans), Mami, à Athènes. On savait qu’il avait déjà été accueilli avec réussite dans d’autres théâtres européens il n’en fallut guère plus pour qu’on le considère comme « la figure montante du théâtre européen »… Pleins feux donc sur Goodbye Lindita qui fut réalisé avant Mami et avait, lui aussi, connu un authentique et mérité succès, notamment au BITEF de Belgrade.
Tout le monde s’est donc accordé et s’accordera encore après avoir pris connaissance de Goodbye Lindita, sa première création, sur l’originalité et qualité de son travail. Ceci dans un registre très particulier, celui d’un théâtre purement visuel, ce qui en soi n’est pas forcément nouveau, mais ce qui frappe chez Banushi c’est la marque implacable de ses visions. Avec les deux spectacles que l’on a vu jusqu’à présent en France – mais nul doute que les instances théâtrales européennes ne manqueront pas de se charger de continuer à l’inviter dans leurs institutions (grandes structures officielles, festivals, etc.) – s’appuient sur les mêmes thématiques, celles, pour le dire vite, autour de la famille et plus précisément autour des figures maternelles, grand-mère, mère, tante (Mami), belle-mère adorée (Lindita), dans un environnement que travaille la mort, seconde après seconde. Et d’ailleurs la genèse de Goodbye Lindita est à chercher selon l’aveu de l’artiste lui-même du côté de la disparition de cette femme tant aimée, juste avant celle de son père. C’est bien le travail de la mort, du deuil et de leur tonalité qu’il nous fait sentir au fil de ses spectacles qui se déroulent dans un lent tempo au cœur d’un univers plongé dans une semi-obscurité comme celle d’un rêve finissant, un rêve qui pourrait virer au cauchemar et qui se développe aux confins de la réalité dans une sorte de cérémonial dont nous ne connaissons ni les règles ni les limites…
Si le travail de Banushi est singulier il est nourri, volontairement ou non, de nombreuses références qui ne viennent pas toutes des Balkans, loin s’en faut. À lire celles émises par les uns et les autres (critiques notamment), on reste quelque peu abasourdis. Sont cités pêle-mêle Castellucci, Botticelli, Magritte, le Greco, Jérôme Bosch, Kantor bien sûr, le photographe Gregory Crewdson auquel il ne faut pas oublier le cinéaste russe Sergueï Paradjanov et ses fameux Chevaux de feu que Banushi n’a découvert qu’après sa première création, précise-il !… Devant une telle énumération, qui est le signe que l’on cherche en vain à caractériser l’univers de l’intéressé, on risque plutôt d’ensevelir l’artiste sous un amas de références qui risquent de l’étouffer, et c’est peut-être aussi lui dénier sa véritable originalité. Ce qui en revanche est indéniable, c’est que Banushi est un authentique plasticien et que son attentif travail sur le son et la lumière notamment avec leurs différentes intensités dénote d’ores et déjà une réelle maîtrise de l’art théâtral et de ses signes.
Photo : © Theofilos Tsimas
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