Troublant jeu d'échec
À notre place d’Arne Lygre. Mise en scène de Stéphane Braunschweig. Théâtre de la Colline à Paris, jusqu’au 17 avril à 20 heures, mardi à 19 heures. Tél. : 01 44 62 52 52. billetterie@colline.fr
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Le titre de la pièce de l’auteur norvégien Arne Lygre que Stéphane Braunschweig présente au théâtre de la Colline, un lieu qu’il connaît bien pour l’avoir dirigé de 2010 à 2015, ouvre sur plusieurs significations possibles que l’on peut décliner à loisir : À notre place… À qui le titre s’adresse-t-il ? Qui parle et qui désigne-t-il ? Stéphane Braunschweig, lui, en tout cas, est parfaitement à sa place qui en est, depuis 2011, à sa sixième rencontre avec l’auteur : il en prépare d’ailleurs d’ores et déjà une septième en cours d’année. Autant dire qu’il en possède une réelle connaissance et sans aucun doute certaines clés lesquelles s’avèrent plus que nécessaires si on veut bien considérer que l’écriture d’Arne Lygre, pour être d’une précision quasi chirurgicale fouaille ce qui est l’ordre d’un très grand trouble.
Ici donc la place ou les places de trois femmes d’âges différents, trois femmes avec leurs vies particulières – maris, frères, enfants… parentèles en un mot –, géométries variables qui ne sont pas sans incidences sur le déroulé des équations que leurs volontés affirmées et proclamées d’amitié entre elles ne sauraient ne pas prendre en compte, même si ce n’est pas expressément dit. À trois, toutes les combinaisons sont possibles et Arne Lygre ne se prive pas de les égrener, de manière presque mathématique : deux plus une (d’abord absente), puis trois, puis à nouveau deux après départ (définitif) de l’une d’entre elles, sans doute personnage-pivot puisque le jeu se passe chez elle, malgré tout d’un lieu à un autre, de l’appartement à son sous-sol… Ce que la scénographie de Stéphane Braunschweig signifie magnifiquement, avec ses cloisons qui se ferment puis se rouvrent à nouveau comme les pétales d’une fleur accompagnant la naissance d’une nouvelle relation entre deux des femmes si éloignées l’une de l’autre au départ et qui décident d’établir au final un nouveau pacte de relation amicale… puisque la troisième (qui est la première) a mis fin à toute relation.
Tout cela ressortit d’une série d’équations dont l’auteur d’abord relayé par le metteur en scène puis par ses interprètes se repaissent dans un jeu d’une belle subtilité. La neutralité de la scénographie – un intérieur avec canapé, fauteuils, piano de la même teinte… c’est la blancheur de la page blanche sur laquelle l’auteur s’amuse à élaborer toutes les combinaisons possibles. Un jeu littéraire et intellectuel pour tenter d’approcher la quintessence de la vie ? Cette vie, Stéphane Braunschweig la touche du doigt à travers les corps du trio d’actrices qu’il a réuni et qui, à n’en pas douter, constitue la véritable réussite du spectacle : soit Clotilde Mollet que l’on se régale toujours à retrouver avec sa manière d’être et de dire inégalables, Chloé Réjon et Cécile Coustillac, des habituées de l’univers de Stéphane Braunschweig, toutes trois d’une étonnante perfection dans des registres de jeu d’échec bien différents les uns des autres mais toujours d’une rare efficacité pour nous mener dans les abysses de la pensée.
Photo : © Simon Gosselin
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