Un chant d'amour pour la lecture

Jean-Pierre Han

16 mars 2026

in Critiques

Vents contraires d’après Mike Kenny, traduction de Séverine Magois. Mise en scène de Simon Delattre. Spectacle vu au Théâtre Massalia à Marseille le 13 mars 2026. Théâtre Dunois du 17 au 21 mars, puis tournée. Tél. : 01 45 84 72 00.

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Beau et juste titre que Vents contraires qui a le mérite de jouer sur plusieurs tableaux, d’être à la fois littéral et allégorique. En termes littéral et marin, on parle volontiers des vents contraires en matière de voyages à la voile. Et il sera bien question de voiles dressées dans le final du spectacle de Simon Delattre. Au sens allégorique l’expression désigne les oppositions et les difficultés qui découlent d’un projet ou d’une réalité quelconques. C’est bien, et donc clairement dit, le sujet même de Vents contraires du Rodéo Théâtre d’après l’œuvre de l’auteur anglais Mike Kenny, spécialiste reconnu du théâtre jeune public, The last library soit la « Dernière bibliothèque. » Un auteur dont Simon Delattre connaît bien l’œuvre pour l’avoir abordée à maintes reprises.

Ainsi défini, décor planté, voici au cœur d’une ville, une sorte d’îlot (poursuivons la métaphore maritime), un havre de paix au silence feutré d’un espace conçu et aménagé par Tiphaine Monroty, murs tapissés d’ouvrages savamment rangés par trois bibliothécaires muets évoluant dans une sorte de ballet répétitif quotidien. Une petite table et quelques sièges pour accueillir d’éventuels lecteurs, pouvant s’adonner en toute liberté à ce « vice impuni de la lecture » dont parlait jadis Valéry Larbaud. Tout est en place. Jusqu’à l’apparition d’un jeune garçon, marionnette grandeur nature manipulée par un ou deux des comédiens qui, pourtant visibles, finissent par disparaître à notre vue, tant la personnalité de la marionnette, Oscar, à qui ils donnent corps et voix est forte, caractérisée à merveille. Marionnette qui devient personnage, celui d’un tout jeune adolescent qui ne lit pas, accroché à son portable, mais qui va au fil des minutes (des jours et des jours) découvrir un monde du silence poussé, guidé par un autre personnage, une petite fille de 8 ans, Mona, son exacte opposée qui adore lire et qui va l’aider à ouvrir les yeux et s’engager avec elle dans un autre univers à travers les pages de livres donnant accès à un univers de magie et de liberté. Cela au moment même où des ordres venus de l’extérieur exigent que certains ouvrages soient mis hors circulation, puis simplement détruits avant que ceux qui les demandent ne soient dénoncés.

À ce stade le spectacle prend une autre dimension ouvrant sur la question de la censure (avant autodafé ?), sur d’autres questionnements touchant carrément mais en toute subtilité au politique en même temps qu’à l’imaginaire le plus pur.

C’est avec un beau trio de comédien.nes-marionnettistes, Maloue Foudrinier, Simon Moers et Sarah Vermande, accompagné d’un travail musical signé Léopoldine HH et une création sonore de Julien Lafosse, que s’élève un véritable chant d’amour pour la lecture.

Photo : © Simon Gosselin