A déguster
Mange et deviens ; récit théâtral, culinaire et interactif, d’Alexandre Koutchevsky. Mise en scène de Jean Boillot. Spectacle créé au Théâtre des Sources à Fontenay-aux-Roses puis donné au 100ecs à Paris du 10 au 12 février 2026. Tournée à venir.
.jpg)
L’art du théâtre est (aussi) un art du montage. C’est précisément ce que donne à voir, et ce que met en pratique, le spectacle mis en scène par Jean Boillot sur un texte d’Alexandre Koutchevsky, Mange et deviens qu’assument sur scène Stéphanie Schwartzbrod et Giovanni Ortega avec l’aide de spectateurs volontaires pour venir leur donner un petit et très nécessaire coup de main dans leur réjouissante entreprise. Le titre même de la proposition (appelons-la ainsi), avec son sous-titre est parfaitement explicite tout en cultivant dans un premier temps un brin de mystère : Mange et deviens, Récit théâtral, culinaire et interactif…
C’est bien tout cela, tous ces éléments apparemment épars sinon hétéroclites, qui sont lancés sur scène dans le but, après montage, de former un objet des plus réjouissants et en fin de compte parfaitement… cohérent, exercice de montage/démontage parfaitement réalisé. La réunion de tous les concepteurs et participants du spectacle, en soi déjà, est quelque peu parlant, puisqu’à y regarder de près et à voir les parcours des uns et des autres, on ne peut que faire le constat que l’on se trouve en présence de personnalités artistiques peu communes, en tout cas pour la plupart en décalage (dans les marges ?) de parcours traditionnels s’il en existe. Cela se sent, cela se voit sur le plateau, d’autant que pour ce qui concerne le décalage on y est en plein. Mange et deviens, est-il annoncé : deviens ce que tu es aurait dit Nietzsche lequel avait déjà piqué la formule au grec Pindare… Or, ici, ce que tu es est ce que tu a mangé… Moralité de l’histoire : deviens ce que tu as mangé.
Le spectacle proposé par Jean Boillot en chef d’orchestre – et qui dirige par ailleurs la compagnie La Spirale, une appellation qui répond parfaitement à son propos et à sa manière de fonctionner – va dans le même sens : on trouve donc un duo formé par Stéphanie Schwartzbrod, comédienne de talent que l’on connaît et apprécions, mais aussi férue de l’art culinaire (elle a écrit 7 livres sur la question et a déjà créé des spectacles sur la même thématique…), Stéphanie Schwartzbrod donc en présence du comédien mexicain, Giovanni Ortega. Et voilà posé d’emblée l’écart géographique dont Alexandre Koutchevsky, l’auteur qui fait toujours partie intégrante du collectif Lumière d’août joue à merveille, se fait habilement le maître d’œuvre. Si, a priori, une grande distance spatiale est censée séparer les deux comédiens (au fil de la fable cela s’avérera pas tout à fait juste), un lien de parenté relie leurs deux personnages. Ils ont tout deux le même père !… Et Alexandre Koutchevsky de tisser sa drôle et très improbable histoire où pas un secteur, musical, numérique, etc., n’a été négligé, ce qui est peut-être la moindre des choses si on veut bien considérer que le spectacle n’est peut-être pas aussi anodin qu’il veut le laisser paraître.
Dernières nouvelles