Les affres d’Hamlet ou Hamlet et ses boys.
Hamlet d’après Shakespeare, traduction de Frédéric Boyer, adaptation d’Ivo Van Hove et Bert Van den Eynde. Odéon Théâtre de l’Europe (Comédie-Française hors les murs). Jusqu’au 14 mars 2026, à 20 heures. Tel. : 01 44 85 40 40.

Ce n’est un secret pour personne, même après une lecture rapide et superficielle de la pièce de Shakespeare, le personnage qui donne son titre à la pièce est plutôt torturé, ce qui, d’une certaine manière et à considérer les tourments que le meurtre de son père par son oncle font surgir en lui, vont pour ainsi dire de soi. Le metteur en scène belge Ivo Van Hove, grand habitué de la Comédie-Française où il a œuvré à maintes reprises avec plus ou moins de bonheur, a décidé d’uniquement se focaliser sur le personnage d’Hamlet dont il a décidé de décortiquer et d’analyser au plus profond les tourments et les angoisses au détriment de tout le reste. Au cas où les choses ne seraient pas assez claires, une sorte de prologue, caméra plongeant dans l’œil du personnage immobile et filant jusqu’à son tréfonds, nous le montre en direct. La démonstration terminée, on fera machine arrière pour revenir au personnage toujours raide immobile à la fin du spectacle. Boucle bouclée.
Hamlet donc, Hamlet solo. Il n’aura donc été question que du personnage et uniquement de lui. Autrement dit exit la pièce écrite par Shakespeare dont n’auront été prélevés ici ou là, et pas forcément dans le bon ordre, quelques fragments aptes à marteler l’angoissant portrait de l’intéressé saisi dans les rets de ce que l’on pourrait qualifier de folie. Hamlet : un cas clinique ? Peut-être. On veut bien, mais que l’on ne nous parle parle pas de l’Hamlet de Shakespeare même dans des fragments excellemment traduits par Frédéric Boyer.
À partir de là, et à partir de là seulement, le spectacle proposé peut s’avérer intéressant, encore qu’à y regarder de près, les ruptures, les changements, les scènes éliminées, etc. finissent par agacer. Le dramaturge se rebiffe : c’est la moindre des choses. Et comme on connaît quand même un peu la pièce du célèbre élisabéthain, on se sera souvenu que Loïc Corbery dans le rôle d’Horatio, réduit ici à une partition des plus modestes, avait il y a peu incarné le personnage d’Hamlet dans la mise en scène de Simon Delétang au Théâtre du Peuple à Bussang… Quant à Denis Podalydès, aujourd’hui dans le rôle de Polonius vite expédié en enfer, il fut lui aussi le prince du Danemark dans la mise en scène de Dan Jemmet toujours à la Comédie-Française… Simples anecdotes ? Pas tant que ça : avec le Hamlet d’Ivo van Hove on reste désespérément dans l’anecdote, aussi volontairement beau au plan esthétique qu’il est. Et après tout si on veut voir le bon côté des choses, voilà qui fait beaucoup de Hamlet passés et présent sur le plateau !
Mais non, Hamlet dans le schéma – c’en est un après tout – d’Ivo van Hove est bien seul sur le plateau : on pourrait même affirmer qu’il n’y a que lui et lui seul. Silhouette longiligne tout de noir vêtu il est incarné par Christophe Montenez, entouré d’un chœur tout aussi élégant : c’est Hamlet et ses boys qui évoluent dans une chorégraphie de Rachid Ouramdane : ça danse et ça chante avec des airs connus. C’est beau bien sûr : succès garanti auprès de ceux qui n’ont pas le malheur de connaître le texte de Shakespeare. Mais en sommes-nous à cela près ?
Photo : © Jan Versweyveld, collection Comédie-Française
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