Violences gratuites
L’ange du foyer d’Emma Dante. Mise en scène de l’autrice. Spectacle créé au Piccolo Teatro di Milano en novembre 2025. Vu au Théâtre Liberté de Toulon le 15 janvier 2026. Tournée : CDN de Normandie-Rouen du 20 au 24 janvier, Les Célestins, Théâtre de Lyon du 6 au 11 octobre. Comédie de Clermont-Ferrand du 13 au 15 octobre.

La palermitane Emma Dante jouit en France (pour ne parler que de notre pays), d’une solide réputation qui est sans aucun doute fort méritée. La réputation de ses prestations et spectacles était jusqu’à présent cantonnée dans un registre de travail et de jeu bien précis. Il semble qu’elle profite aujourd’hui de l’occasion pour élargir ce registre comme on le verra aussi avec sa mise en scène des Femmes savantes sous l’égide de la Comédie-Française accueillie au Théâtre du Rond-Point pour cause de travaux. Le premier moment de surprise passé, concernant cette création, car c’en est une, à moins que ce ne soit un étrange paradoxe, on pourra toujours se creuser la cervelle pour connaître la réelle raison d’une telle opération. Dans cette (courte) attente, et pour rester dans son univers et ses problématiques on aura donc vu juste avant L’ange du foyer qui jette sur scène un quatuor, le quatuor familial « idéal », la femme, la belle-mère, le mari et le fils. Dérisoire saga familiale, mais cette fois-ci, en guise de compensation, poussée à l’extrême limite de la caricature. Et le moins que l’on puisse dire est que l’on risque d’être quelque peu désarçonné. Non pas que l’on se retrouverait aux antipodes de ce qui fait la spécificité de son univers. Bien au contraire. Mais, cette fois-ci l’autrice et metteuse en scène nous offre une caricature « coup de poing » (pardon pour le vilain jeu de mot étant donné le « sujet » proposé). Emma Dante développe, si on ose écrire, son sujet et son propos sur une heure cinq de temps qui semble, mais oui, interminable. C’est en effet une machine infernale qui est posée sur scène et qui ne fait que répéter ad libitum le même motif, mécanisme remonté comme une horloge qui semble interdire tout changement ou même toute variation. On aura compris, oui merci, qu’il s’agit de dénoncer ce que contient d’irrespirable et d’intolérable la violence de tout noyau familial du côté de la Sicile. La charge est tellement violente qu’elle n’autorise aucune respiration. Elle est pour ainsi dire linéaire et parfaitement étouffante. Soit, au départ, le corps martyrisé allongé sur le sol de la mère de famille. Celle-ci se relèvera et commencera le « rituel » en forme de démonstration de sa journée de travail au côté des trois autres protagonistes du drame, belle-mère, mari et fils, avant de se se retrouver au sol dans la même position de victime, puis de renaître pour « revivre », « ange » martyrisé, le même calvaire et le même assassinat. La démonstration du quatuor, réduit à l’état de marionnettes et répétant les mêmes gestes mécaniques, sans aucune évolution – Léonarda Saffi, Giudetta Perriera, Ivano Picciallo et Davide Leone – reprend à l’infini. Et on ne nous épargnera pas les mêmes caricatures des personnages, simples marionnettes, on ne nous épargnera pas la monstration des violences physiques perpétrées par le mari à coups de fer à repasser assénés sur la tête de la femme, avec en contrepoint la dérisoire (voire ridicule) transformation du fils en jeune fille… C’est parfaitement dérisoire et insupportable dans la gratuité des actions et leurs violences répétées.
Photo : © Masiar Pasquali
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