Tragique (grec) d'hier à aujourd'hui
Un jour sans vent (Une Orestie) d’Eschyle et Michèle Tournier. Mise en scène de Céleste Germe. Théâtre Public de Montreuil (CDN). Jusqu’au 11 décembre à 20 heures (samedi à 18 heures). Tél. : 01 48 70 48 90. theatrepublicmontreuil.com

Outre sa beauté, le titre du dernier spectacle de Das Plateau sous la houlette de Céleste Germe, Un jour sans vent (Une Orestie), a le mérite d’être parfaitement explicite sur les intentions de la compagnie. Référence est donc faite sur l’origine du déclenchement de la tragédie, non pas la vengeance de Clytemnestre avec la complicité d’Egisthe sur la personne d’Agamemnon, pour le dire très vite, mais bien le sacrifice d’Iphigénie par le roi, son père, afin que le vent puisse se lever et permettre à l’armée de véritablement entamer sa guerre contre Troie… « Une Orestie » et non pas « l’Orestie » : simplement parce que Céleste Germe qui a conçu le spectacle avec Maëlys Ricordeau (que l’on retrouve sur le plateau) et en a assumé la mise en scène, ne cache pas – bien au contraire –, ce que son travail doit à la présence de la poétesse Milène Tournier qui, sans rien infléchir du texte d’Eschyle, traduit par Florence Dupont, apporte sa belle contribution à l’ensemble du spectacle, prolonge et clôt la tragédie dans ce qui Céleste Germe nomme « un quatrième et dernier acte nécessaire », le Vent. Elle ne cache pas plus – sans toutefois distordre l’œuvre initiale – la direction de sa pensée concernant la lecture de la trilogie d’Eschyle, la seule qui nous soit parvenue intégralement et qui permet de saisir le développement même de la pensée du poète dramatique. Avec comme point d’orgue la fragile naissance de la démocratie statuant dans les Euménides sur le sort d’Oreste, matricide qui sera acquitté avec l’assentiment d’Athéna en personne qui a dirigé le procès.
Pas le temps de souffler : das Plateau mène la démonstration, et peut-être pour mieux convaincre de sa nécessaire pertinence, condense en une heure trente de temps ce qui permet de suivre la trajectoire de la tragédie d’Eschyle qui, « normalement » jouée dans son entièreté aurait duré cinq ou six heures. Condensation au profit d’une intensité sans temps mort : nous sommes pris à la gorge saisis par les trois protagonistes (Aurélia Nova, Antoine Oppenheim et Maëlys Ricordeau), interprétant tous les rôles et même le Chœur à la fonction déterminante. Ce qui revient d’ailleurs à retrouver le nombre d’interprètes chargés de jouer à l’époque athénienne, mais à cette différence près tout de même qu’alors tous les rôles étaient tenus par des hommes… ce qui n’est donc pas le cas ici où la répartition entre rôles d’hommes et de femmes est de fait « traditionnellement » agencée. Ces trois excellents comédiens évoluent dans un espace, comme toujours avec das Plateau, pensé, agencé avec une belle précision et ici de telle manière qu’il joue à la fois d’un double registre, ceux de la fermeture et de l’ouverture tout à la fois. L’espace est à la fois clos comme une boîte, sauf que les parois de cette boîte sont des miroirs qui ouvrent les perspectives, reflètent les statues conçues et réalisées par le sculpteur Laurent Pelois dans la scénographie de James Brandily. Vieilles statues dégradées qui, soudainement, renvoient à la temporalité du propos. C’est à la fois, beau, saisissant et étouffant… Tragique sans doute, en un mot. Alors que, comme pour surligner le propos, la composition musicale et la direction du travail sonore signés J. Stambach s’imposent sans répit durant tout le spectacle (il conviendrait d’ailleurs de citer tous les autres éléments du spectacle qui contribuent à cette dynamique). Comme le signifiait Matthias Langhoff « le théâtre est lié à la tradition, il joue avec l’Histoire, la transforme en instants présents. Sans cesse il modifie son apparence sans jamais quitter son ancien corps »…
Photo : © Simon Gosselin
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