L'apprentissage du métier d'artiste ?

Jean-Pierre Han

23 novembre 2025

in Critiques

L’École de danse de Carlo Goldoni. Traduction de Françoise Decroisette. Mise en scène de Clément Hervieu-Léger. Comédie-Française, salle Richelieu. Jusqu’au 3 janvier 2006 à 20 h 30. Tél. : 01 44 58 15 15. comedie-francaise.fr

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Pas d’inauguration en fanfare de son mandat en tant qu’administrateur de la Comédie-Française : Clément Hervieu-Léger en choisissant de présenter L’École de danse de Carlo Goldoni aura œuvré en toute discrétion et continuité avec la précédente direction, celle de Jean-Yves Ruf que l’on retrouve à l’affiche avec sa scénographie du spectacle qui n’est jamais que la reproduction-reconduction de celle qu’il avait faite il y a plus de dix ans, en 2014, sur le même plateau pour Le Misanthrope de Molière mis en scène par le même Clément Hervieu-Léger. Et l’on retrouve également, presque naturellement Denis Podalydès dans le rôle-titre de la nouvelle production, avec au moins un trio d’anciens sociétaires, Éric Génovèse, Florence Viala et Clotilde de Bayser. garants de l’histoire et de le renommée de la Maison de Molière et qui mènent ici très rondement les méandres de l’intrigue (des intrigues) de l’auteur avec Loïc Corbery et Stéphane Varupenne, autres aînés par rapport à toute la jeunesse en scène et en apprentissage de la vie d’artiste.

Comble de continuité et de fidélité, Clément Hervieu-Léger s’est déjà confronté à Goldoni dont il a mis en scène avec succès Une des dernières soirées de carnaval en 2020.

La différence toutefois se fait jour avec le fait que le choix de la pièce du maître italien s’est cette fois tourné vers une œuvre que son auteur lui-même ne considérait pas comme de premier ordre notamment après l’échec qu’elle connut, avec deux seules représentations, lors de sa création en 1759. Le registre a changé : L’École de danse décrit les travaux et les jours d’une de ces écoles à Florence. Sauf qu’en fait de travaux ce sont essentiellement les à-côtés de ladite école que Goldoni met en lumière. Et ce n’est pas triste, puisque dirigé par un maître de danse tyrannique, libidineux et peu scrupuleux, Denis Podalydès qui ne se prive pas de noircir encore le trait du personnage, il est surtout question dans la pièce de manœuvres autour des élèves (Claire de La Rüe du Can, Pauline Clément, Jean Chevalier, Marie Oppert, Léa Lopez Charlie Fabert, auprès desquels les vrais élèves de la Comédie-Française – « l’Académie » – apportent leur concours, Diego Andres, Lila Pélissier et Alessandro Sanna). Manœuvres dont bien sûr les élèves sont les appâts, mais à ce jeu tout le monde est impliqué, mère « vendant » littéralement sa fille, impresario, courtier, et jusqu’à la propre sœur du maître de danse, etc. Alors que les élèves – les jeunes – essaient aussi de leur côté de tirer profit de ce jeu de dupes et entrent aisément dans la ronde. Celle des duperies : qui dupe qui, et comment ?… Avec au bout du compte un grand perdant (le seul), le fameux maître de danse.

En fait d’intrication d’intrigues, Goldoni, quel qu’ait été son registre d’écriture, s’y connaissait à merveille : on suit donc « tranquillement » le déroulement de sa pièce au détriment des évolutions des élèves qui, à vrai dire, importent peu. Dans les tableaux ainsi mis en scène, tout le monde – les intéressés les premiers – n’hésite pas à situer le travail dans le sillage de l’œuvre de Degas. Bien joué, même si c’est aller un peu vite en besogne. Clément Hervieu-Léger cite même Zola (dans Nana). Prestigieux parrainages qui n’apportent pas grand-chose à ce qu’il se passe sur le plateau. La pièce mineure de Goldoni trouve-t-elle ainsi un authentique lustre ? On peut se poser la question.

Photo : © Agathe Poupeney