Famille en éclats
Les Conséquences de Pascal Rambert. Mise en scène de l’auteur. Théâtre de la Ville jusqu’au 15 novembre à 20 heures. Puis tournée en décembre à Annecy et Nice. Tél. : 01 42 74 22 77. theatredelaville-paris.com
_Louise_Quignon%20(4)(2).jpg)
Une histoire de famille : un sujet plutôt banal par les temps qui courent. Sauf que celle-ci est à étages, dans une sorte de mise en abyme. Il y a d’abord la famille de comédiens qui a coutume de travailler avec l’auteur-metteur en scène, Pascal Rambert. Pas tous ensemble comme ici, mais souvent quand même les uns avec les autres par deux ou trois suivant les œuvres et selon des schémas dramatiques particuliers. Ils sont ainsi réunis avec quelques nouveaux éléments que Rambert connaît pour les avoir déjà dirigés ou et qu’ils sortent depuis peu de leurs écoles, et avec, formidable point d’orgue, la présence de Marilu Marini, pour ainsi dire en marraine de l’ensemble de la distribution et en contrepoint de l’autre aîné, Jacques Weber, un habitué de l’univers et du travail du metteur en scène, et avec qui Marilu forme le couple de la « fiction ».
Les voilà donc tous plongés dans un barnum géant, où ils entrent et sortent en courant comme s’ils avaient le diable en personne à leurs trousses. Ce lieu neutre et froid – un non lieu en fait – seulement occupé par des tables et des sièges sagement alignés comme dans une cantine, lumière blanche aveuglante et déréalisant le tout, est un espace de croisements de personnages qui vont nous livrer des bribes de vie d’une banalité sans nom. La vraie vie serait-elle ailleurs ? En tout cas mariages et enterrements se déroulent tout juste en dehors, tout juste à côté (il y en a deux dans chaque catégorie dans une sorte de compression de temps).
Pascal Rambert a inventé ce dispositif qui lui permet de développer sans trop se prendre la tête son propos qui, à y regarder de près, est tout de même plutôt simplet. C’est très habile, mais un peu gros comme procédé. Les comédiens vont et viennent comme dans les meilleures pièces de boulevard (de gauche) ou de vaudeville, c’est plus noble, courent en se croisant, échangent quelques propos et s’enfuient littéralement, faisant claquer les pans de ce qui tient lieu de porte… À ce jeu (c’en est un)
nous voilà en présence d’une série de saynètes plus ou moins longues, ce qui permet de jauger et de juger un peu de la qualité du travail des uns et des autres, qui parfois, à force – c’est le danger – frôle la caricature. On est vraiment entre soi, et l’auteur du spectacle avoue se mettre lui-même dans les mêmes eaux que ses comédiens précisant que lui aussi a vieilli, avec eux : « j’ai vieilli avec eux et [que] ce qui me plaît uniquement désormais avec le temps qui passe, c’est parler de nos actes et de leurs conséquences. Sans morale. Sans surplomb. Sans jugement. »
Inexorable passage du temps… puisque, est-il bien précisé, c’est bien le temps qui est au centre de sa préoccupation. Mais cela reste un peu court dans le développement, et concernant cette thématique, on préfère l’évocation qu’en a faite Denis Guénoun dans un spectacle qu’il a récemment repris à partir des propos de Saint Augustin dans le Livre XI de ses Confessions,…
Pascal Rambert reviendra sur le sujet puisque Les Conséquences n’est que le premier volet d’un trilogie à venir. Projet monumental où tous les espoirs sont donc permis. Avec toujours, on s’en doute, toutes ses ramifications et tous ses attendus. Couples qui se déchirent ou se font la tête, tromperies, raccommodages, mariage lesbien, etc., du nanan…, avec comme « conséquence » l’explosion de la cellule familiale et la lente dérive vers une société que l’on n’ose même pas nommer.
Nous sommes quand même tous, finalement, dans le même bateau, avec brouillage des pistes qu’accentue le fait que tous les participants de la fête gardent leurs prénoms, entre réel et fiction ; c’est assez troublant, voire agaçant. Avec donc le couple (de la fiction) Stan (Nordey) et Audrey (Bonnet), et l’amant Laurent (Sauvage), Anne (Brochet) et Arthur (Nauzyciel), et les quatre plus jeunes venus, Jisca Kalvanda, Paul Fougèe, Lena Garrel, Mathilde Viseux, sans oublier le couple déjà cité formé par Marilu Marini et Jacques Weber, lequel clôt la pièce dans un « remake »-hommage de la dernière scène de la Cerisaie présenté par Alain Françon avec Jean-Paul Roussillon dans le rôle de Firs, le vieux laquais oublié dans le domaine par ses maîtres. On comprend bien l’intention de Pascal Rambert – pas franchement optimiste d’autant que nous allons « tous finir à droite » – elle n’est pas pour autant convaincante et dénote surtout son incapacité à conclure.
Photo : © Louise Quignon
Dernières nouvelles