Une fracassante entrée en matière
Merlin ou la terre dévastée d’après Tankred Dorst. Mise en scène d’Ambre Kahan. Les Plateaux sauvages, jusqu’au 26 septembre. Tél. : 01 83 75 55 70.
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Une fois de plus (cela semble devenir une habitude hélas) voici un travail d’école, celui des élèves de celle du théâtre de l’Union, CDN de Limoges, promue au rang de spectacle en « capacité » d’entrer dans le circuit d’une programmation habituelle d’un théâtre sis cette fois-ci à Paris, après bien sûr avoir été présenté dans son lieu d’origine. On a encore récemment connu telle métamorphose avec le travail de Sylvain Creuzevault sur l’Esthétique de la résistance de Peter Weiss avec les élèves de la dernière promotion du TNS (sous l’ère de Stanislas Nordey), spectacle qui a si bien marché qu’il est devenu un spectacle « normal » avec grande tournée à la clé…
Cette fois-ci la direction du spectacle de sortie de promotion a été assurée par Ambre Kahan, étoile montante de la petite sphère théâtrale. Ambre Kahan, Sylvain Creuzevault… dans une étonnant retournement de situation ce sont les noms des metteurs en scène (des accoucheurs ?) qui semblent intéresser les commanditaires de ces travaux, alors qu’en principe, si on comprend encore quelque chose, ce sont les élèves des différentes promotions qui devraient occuper l’attention de tout le monde, spectateurs lambda ou professionnels, et l’on se dit qu’il y a là un étrange gauchissement de la fonction des ces présentations. Il y aurait, en tout cas, une belle matière à réflexion.
À considérer avec attention ce spectacle-rite de passage, le moins que l’on puisse dire est que l’on demeure dubitatif. Ce n’est certes pas la faute des treize apprentis, auxquels deux actrices « professionnelles » sont venues prêter main forte (on avait eu droit au même « panachage » chez Creuzevault…), mais c’est bien l’ensemble de la représentation qui finit par faire écran et empêcher que l’on puisse réellement apprécier le travail des uns (des unes) et des autres, ce qui, en principe est le but d’une telle représentation. La faute sans doute au choix même de la pièce de Tankred Dorst – fausse bonne idée dans le cas présent – auteur important que Georges Wilson avait en son temps fait découvrir au TNP de Chaillot avant que Patrice Chéreau ne le rende célèbre avec son Toller, toujours au TNP, mais de Villeurbanne cette fois-ci, en 1973… Se saisir du chef-d’œuvre de l’auteur allemand, Merlin ou la terre dévastée, même très largement remanié, c’était sans doute placer la barre trop haute, et toute la première partie du spectacle devient parfaitement illisible malgré sans doute les efforts du dramaturge Louison Rieger, et l’apport de panonceaux titrant et résumant d’une phrase les épisodes ne changeant rien à l’affaire. On aura dès lors la mauvaise tentation de plus s’appesantir sur le travail de la metteure en scène qui n’a certes guère besoin d’un tel coup de projecteur, au détriment du travail des élèves. Ce qui est vrai c’est que dans les mouvements d’ensemble (c’est toujours plus facile à gérer et on en profite largement) tous y vont avec une énergie et une bonne volonté qui emporte tout. Ce n’est guère suffisant et surtout qu’à y regarder d’un peu plus près on demeure frustré. Car le tout finit par se résumer à une série de séquences plus ou moins courtes et se rattachant les unes aux autres pas toujours de manière évidente ; il est vrai qu’à œuvrer sur le cycle du Graal revu et corrigé par Tankred Dorst, puis au bout du compte par l’équipe de la 11e Séquence rien n’était franchement évident. La bonne volonté y est, mais la direction d’acteurs est pour le moins courte, approximative et même paresseuse. Des scènes sont expédiées sans rythme aucun, d’autres dont on se demande comment elles ont été travaillées. C’est pour le moins décevant, le tout malheureusement au détriment des jeunes acteurs qui méritent sans doute mieux et que l’on aimerait voir dans d’autres conditions. Pour l’heure on est plutôt dans une sorte de catalogue de tous les tics dramatiques à la mode, ce qui est pour le moins exaspérant.
Photo : © Thierry Laporte
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