Le vertige de la pensée
Qu’est-ce que le temps ? de Saint Augustin. Mise en scène de Denis Guénoun. Théâtre de Poche Montparnasse, du mardi au samedi à 21 heures. Jusqu’au Tél. : 01 45 44 50 21. www.theatredepoche-montparnasse.com

Reprise de la saison théâtrale, avec en ouverture une autre reprise – sans doute plus nécessaire que jamais – d’un spectacle créé il y a plus de dix ans : Qu’est-ce que le temps ? de Saint Ausgustin. Projet et texte mis en scène par Denis Guénoun, et toujours interprété par Stanislas Roquette…
Un paradoxe au moment où le théâtre se meurt dans un déni de toute pensée, de toute intelligence, mouvement accéléré par les petits maîtres de la politique qui profitent de l’aubaine et tentent d’asséner le coup de grâce.
Pardon d’y revenir, mais Denis Guénoun est celui-là même – faut-il le rappeler ?,– qui posa jadis, il y a près d’une trentaine d’années, la question de la nécessité du théâtre (Le théâtre est-il nécessaire ?) enchaînant rapidement avec un ouvrage concernant L’Exhibition des mots et autres idées du théâtre et de la philosophie… D’une certaine manière la recréation de Qu’est-ce que le temps ? apporte un bel et irréfutable élément de réponse. Avec cette pensée sur la question – essentielle et notamment, par rapport à l’art théâtral – du temps, pensée et questionnée par Saint Augustin dans le Livre XI de ses Confessions, le tout dans une nouvelle traduction de Frédéric Boyer. Précision importante car celui-ci fait véritablement claquer la langue, portée physiquement et avec un très réel talent par le comédien. C’est ce passage de la matérialité de la langue et de la pensée à sa traduction physique qui fait toute la valeur du travail de Stanislas Roquette, alors que Denis Guénoun, metteur en scène, directeur d’acteur rythme ici – sans jeu de mot – la temporalité de l’ensemble rendant le spectacle à son essence. Il y a au bout du compte une étonnante perfection de la part de Stanislas Roquette qui s’est étoffé au fil des années, jusque dans ses hésitations et ses interrogations. Alors que l’on reste admiratif de la contemporanéité de la pensée de Saint Augustin.
Photo : © Sébastien Toubon
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