AVIGNON OFF : Une sensible découverte

Jean-Pierre Han

24 juillet 2025

in Critiques

L’Imposture par et avec Lucie Hanoy. Spectacle présenté au Train Bleu jusqu’à ce jour, 24 juillet à 11 h 20. Tournée en cours à la rentrée.

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On se dit dans un premier temps que l’on s’est trompé de salle et que l’on se trouve devant un one woman show virant en stand-up avec un actrice qui déboule sur la scène précédée puis accompagnée, on ne sait plus, par une sono tonitruante ad hoc. D’ailleurs avant que la jeune femme ne s’avance sur le devant de la scène, face public évidemment, celui-ci est déjà aux anges et hurle sa joie. Pas de problème, elle en impose, et on se doute qu’il ne ferait pas bon de lui apporter le moindre contradiction, ce que personne ne songerait d’ailleurs à faire, elle-même, micro en main de temps à autre ou pas, étant par ailleurs tout à fait avenante et tout sourire. Du coup, pour avoir confirmation que l’on est bien là où on doit être, on se remémore vite fait l’intitulé du spectacle, L’imposture, c’est bien ça, et les quelques mots qui l’accompagnent. L’imposture donc est une création collective comme il est stipulé qui réunit outre Lucie Hanoy sur scène, Aurélie Hubeau et Pierre Tual quasiment à tous les postes d’écriture et de mise en scène… On repense à nouveau au titre : Limposture et on se dit que l’on y est peut-être en plein, à tous les niveaux, et dans toutes les déclinaisons du terme. D’autant qu’une autre précision apparaît, celle de la mention de marionnette-objet, et notre regard de chercher ici ou là, même cachée sur le plateau plutôt dénudé, l’ombre d’un castelet… sait-on jamais ? Mais non, le one woman show se poursuit et il faudra bien se rendre à l’évidence qu’en fait de marionnette on verra seulement quelques costumes miniatures suspendus sur un fil reliant deux portants emplis de vêtements, promesses de futurs déguisements et éventuellement de changements de personnalitésLà aussi on verra plus tard quel usage Lucie Hanoy fait usage de ses « gracieuses » poupées genre Muppet Show…

Ainsi commence le show de Lucie Hanoy. Tout en décalage et la jeune femme qui, en guise de complément de présentation, a le bon goût de nous expliquer que son autoportrait, car c’en est un effectivement, ne se conçoit que sous la triple définition d’une trentenaire « grosse, lesbienne et marionnettiste ». Nous voilà prévenus avec ce spectacle présenté comme « un one woman show queer en marionnette » pour être encore plus précis. En inversant les choses et ce que la jeune femme s’autorise à nous présenter d’elle, se cache en fait une tout autre personnalité. Lucie Hanoy est double ; l’imposture si on veut continuer sur ce thème réside bien dans cette dualité. Car derrière le déluge ou le maelström qui se déverse sur nous, se cache une personnalité d’une rare et sensible subtilité, maîtresse de son art (Lucie Hanoy sort de l’École nationale supérieure des arts de la marionnette (ESNAM) de Charleville-Mézières, le Normale sup ou l’ENA de la marionnette, et connaît son sujet sur le bout des doigts), des arts de la scène devrait-on même dire. Le tout avec un culot et une sacrée, mais oui, pudeur tout à la fois. Elle, victime désignée de la grossophobie n’hésite pas à se déshabiller sur scène, de se montrer quasiment nue avec une extrême et très habile pudeur… En même temps qu’elle met à bas, avec une vraie joyeuseté, tous les stéréotypes de notre société aseptisée. Elle y va donc de vraie gaieté de cœur et une maîtrise de la grammaire théâtrale assez étonnante, le tout faisant écran à une rare sensibilité pas forcément perceptible au départ.

Photo : © Camille M/Walls and Sounds