AVIGNON OFF : Une histoire de dignité
J’ai plusieurs terres de et par Mavikana Badinga. La Factory, salle Tomasi, jusqu’au juillet 26 juillet à 21 heures. www.la-factory.org
Le texte de Mavikana Badinga est publié aux Éditions Koïné (52 pages).

Mavikana Badinga œuvre avec Julien Graux depuis près d’une dizaine d’années au sein de leur compagnie qui s’est donnée pour mission de défendre un répertoire contemporain dans une approche multidisciplinaire permettant, à leurs yeux, de mieux appréhender les problématiques de notre temps. Vaste et ambitieux projet qui trouve aujourd’hui un point d’accroche nécessaire pour mieux poursuivre et affermir ce projet. En effet, et Mavikana Badinga le dit elle-même, elle a « une question à régler ». Celle d’« un besoin de faire la paix avec la grande Histoire », une « histoire qui m’habite depuis si longtemps ». En d’autres termes revenir à travers le langage théâtral à ses origines, à son histoire familiale. De mieux fouailler ce qui la constitue, ce qui après tout est un désir et une nécessité qui habitent tout un chacun, sauf que dans son cas cette histoire n’est pas franchement simple, peut-être composée de mille et une branches, mille et un secrets enfouis et à déterrer.
Pour commencer, le titre de son spectacle est parfaitement explicite : J’ai plusieurs terres… autrement dit difficile de trouver un point de départ fixe. De ce point de vue une séquence du spectacle est parfaitement (et avec beaucoup d’humour) explicite : « Mon père est Gabonais, ma mère est Gabonaise Franco-Portugaise.
Je suis née en Belgique, habite en France, ai un passeport gabonais.
Je suis venue en Italie avec mon permis de séjour français et mon passeport gabonais.
J’ai obtenu le visa pour travailler en Italie mais je dois aller le chercher en France.
Entre-temps, mon passeport gabonais a expiré […] J’envisage sérieusement l’hypothèse de demander la nationalité belge » ! Petite histoire kafkaïenne à souhait qui n’est pas terminée… C’est à la fois savoureux et… terrifiant !
Comment à partir d’un tel imbroglio construire sa propre identité ?
Ce n’est là qu’un prélude : comment passer de la petite histoire (familiale) à la grande avec un H majuscule. Il se trouve que son grand-père, René-Paul Sousatte, à l’action politique beaucoup plus importante quelle ne le savait s’était battu pour l’indépendance de son pays et avait même été une figure de proue du mouvement. Voilà donc la voie dans laquelle s’engage la comédienne : une voie qui l’amène vers la question de la Françafrique. Une voie éminemment politique. Ce qu’alors elle réalise sur le plateau où elle officie, mêle avec bonheur son propre parcours dès son plus jeune âge au cours duquel elle ne cesse de militer pour la dignité de sa propre personne – terme inscrit en lettres lumineuses sur un petit cube posé sur le plateau – tout en retraçant les multiples interrogations que pose la question de la Françafrique, et au cours desquelles elle fait usage de vidéos d’archives sur la question toujours brûlante. La comédienne Mavikana Badinga fait usage avec beaucoup d’aise de tous les supports, musicaux, chorégraphiques, vocaux… pour étayer son propos qui se terminera par une série de questions qui font sens : « Qu’est-ce que ça représente d’être une petite-fille de la Françafrique ?
Étrangère pour toujours dans le pays où l’on a grandi ?
Peut-on vraiment envisager de vivre ensemble sans regarder en face notre histoire commune ? »…ec grâce
C'est mené à la fois avec grâce et autorité.
Photo : © Laurent Rousselin
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