AVIGNON OFF : Grandir
Le Journal de Maïa de Cédric Orain, mise en scène de l’auteur. Théâtre du Train Bleu jusqu’au 24 juillet à 9 h 45. www.theatredutrainbleu.fr

À considérer le parcours de Cédric Orain, fort de près d’une vingtaine de spectacles créés en l’espace d’autant d’années, il ne fait guère de doute que toute son attention se porte essentiellement sur les questions concernant les paroles, enfouies, retravaillées, éructées ou simplement tues, dans leur rapport, bien évidemment, au corps. Rien d’étonnant si le nom de la compagnie qu’il a créée s’intitule « La Traversée »… car il s’agit bien de cela. De la traversée des mots à travers les corps. Et nous retrouvons tout naturellement parmi les auteurs dont il s’est emparé des textes les noms de Georges Bataille, d’Artaud, de Jean-Michel Rabeux, et surtout de Valère Novarina… quand lui-même ne met pas la main à la pâte comme c’est le cas dans son travail sur Deleuze par exemple et aujourd’hui dans Le Journal de Maïa de passage dans le Off d’Avignon.
Des mots aux maux ou inversement, les deux adolescentes de la pièce y sont confrontées de plein fouet alors qu’elles entrent en classe de 4e. Qui plus est l’une d’entre elle vient d’arriver dans la ville et ne connaît donc personne, n’a aucun camarade de classe. Dans un flot de paroles débitées à toute allure comme le font tous les jeunes de leur âge, caractère en voie de formation, mais déjà bien trempé, Maïa tente de masquer une profonde angoisse qui se manifestera et se transformera en un véritable trouble qu’elle tente de surmonter en tenant un journal qu’elle lira plus tard, c’est promis, lorsque elle aura franchi le cap de l’adolescence et sera devenue une femme. L’angoisse de son amie Alice se manifeste, elle, d’une tout autre manière, dans sa manière de prendre la vie comme elle vient sans avoir l’air de s’en faire, il n’empêche…
C’est mené au pas de charge dans une constante complicité, même lors d’une petite brouille, entre Maïa et Alice qui, de plus, ne sont pas dans la même classe, mais se retrouvent bien sûr régulièrement au moment de leurs sorties respectives et s’attendent. Une réelle et sincère amitié les lie ; la relation entre les deux adolescentes est touchante et apporte une note chaleureuse au tourbillon de la pièce. D’autres figures sont évoquées par les adolescentes, notamment celle de la professeure de français de Maïa qui semble la marquer profondément et l’initie (de force et néanmoins avec un certain doigté : c’est tout l’art de la transmission) à lire les 700 pages du premier tome des Mémoires d’Outre-tombe de Chateaubriand…
Plateau nu agrémenté de deux rangées de chaises comme dans une salle de classe, Louise Bénichou (Maïa) et Marion Brest (Alice) forment un duo parfait d’une inénarrable et virtuose drôlerie dans leurs dissemblances aussi bien physique que mentale parfaitement pointées et soulignées par Cédric Orain, sans jamais aucune complaisance. La performance des deux jeunes femmes est à souligner dans sa constante maîtrise de leur jeu même lorsqu’il s’avère débridé. Car tout est parfaitement tenu par le metteur en scène.
Photo : © Clément Foucard
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