AVIGNON IN : L’air enivrant des sommets

Jean-Pierre Han

19 juillet 2025

in Critiques

Le Sommet de Christophe Marthaler. La Fabrica du 12 au 17 juillet. Spectacle vu le 16 juillet à 13 heures.

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Les spectateurs du Festival auront donc enfin eu leur Sommet, au sens propre comme au sens figuré (dans tous les sens si on veut) au milieu d’une programmation qui en aura singulièrement manqué (de sommet théâtral). Que nous le devions au metteur en scène suisse allemand Christoph Marthaler n’aura bien sûr étonné personne. Nous l’aurons donc retrouvé tout entier dans une production créée au Vidy-Lausanne avant de passer à Avignon et de repartir sur les routes, françaises et internationales, à la rentrée.

Sommet, international lui aussi, qui réunit six interprètes, tous peu ou prou des habitués du metteur en scène et donc de son univers très particulier pour une sorte de huis clos, donc sans échappatoire possible, car ils auront été réunis dans une pièce de chalet à laquelle on ne peut accéder, semble-t-il, que par un passe-plat. Huis clos international comme toutes les rencontres de ce type entre grands de ce monde, sauf qu’ici on ne sait pas trop quelle est la raison de leur réunion, et peu importe finalement, sauf à considérer qu’il s’agit d’une sorte de prison de laquelle ils ne pourront éventuellement sortir qu’au bout de leur peine, c’est-à-dire au bout de nombreuses années, quasiment une vingtaine, comme il leur sera signifié en fin de parcours. Passage du rire à l’effroi ? Il y a de cela en effet dans un constant mélange de ces deux sentiments. Et le mystère de s’épaissir. Pas tant que cela au bout du compte, car la métaphore cette fois-ci est plutôt « lisible » et fait froid dans le dos, bruit d’hélicoptère (mélangé au chant des oiseaux), agitation de l’un des comédiens, Raphael Clamer qui a tout de la gestuelle et de la diction du Dictateur de Chaplin…, ses comparses restant chacun dans son très particulier (et drôle) registre de jeu plutôt « décalé », Liliana Benini, Charlotte Clamens, Federica Fracassi, Graham F. Valentine, et le dernier, Metzenbauer chargé d’apporter la note, elle aussi décalée, musicale. Chacun parle ou baragouine dans sa propre langue, l’allemand, l’anglais, le français et l’italien : impossible entente ? Et pourtant, l’esprit de groupe existe bel et bien… quelque part !

Ballet à l’étrangeté affirmée du sextet (trois femmes et trois hommes, la parité est parfaitement respectée) pour rester dans le registre musical toujours présent chez Marthaler (c’est même sa marque de fabrique). C’est bien de notre monde dont il est question, mais toujours à sa manière, sans fracas ni déclaration tonitruante, ce qui le démarque presque totalement du théâtre de notre temps.

Photo : © Christophe Raynaud de Lage/festival d’Avignon