AVIGNON IN : Une question de théâtralité
Affaires Familiales d’Émilie Rousset. Donné du 7 au 17 juillet au Tinel de la Chartreuse-CNES de Villeneuve-lez-Avignon. Spectacle vu le 16 juillet.
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Le mérite premier (et unique pourraient ajouter les mauvaises langues) de ces Affaires familiales conçues par Émilie Rousset réside sans doute dans sa capacité et sa nécessité à interroger la question de sa propre théâtralité. Vaste question dira-t-on mais, à voir ce qui se déroule sur le plateau réaménagé dans une configuration bi-frontale, on ne peut qu’aller vers ce type d’interrogation fondamental. Par ricochet on pourra tenter de répondre en se demandant ce que, de leurs côtés, les spectateurs sont venus chercher dans ce type de représentation. Pas forcément – et c’est peut-être à ce niveau que le bât blesse – un acte théâtral concernant le fonctionnement de la machine judiciaire dans ce qui se donne comme de vrais témoignages d’avocates et de justiciables, fonctionnement défaillant qui cède la place à toutes les dérives et abus. À y regarder de plus près d’ailleurs ce que propose Emilie Rousset est plutôt une dénonciation et plus encore un réquisitoire contre ladite machine judiciaire. Dès lors tout est donné d’avance, imprimé sur les documents – entretiens et vidéos – que la conceptrice du spectacle a le plus sérieusement du monde réalisés et accumulés. En quoi ces documents s’avèrent-ils insuffisants puisque les voilà transformés en matière théâtrale ? C’est cette opération de transformation qui pose problème et qui, surtout, s’avère dérisoire. Durant tout le spectacle, puisqu’il y a volonté de faire spectacle, la question ne cesse de se poser, car à l’évidence quelque chose manque ou ne fonctionne pas.
De quelle théâtralité parlons-nous, nous donne-t-on en pâture ? Elle est à ce stade plutôt sommaire, voire par moments inexistante. On ne comprend guère certains mouvements, certains parti pris destinés à « faire théâtre » justement : ils sont sommaires, voire gratuits, et manquent leur cible.
La question de la relation entre le réel capté par les témoignages ou les vidéos, et la fiction théâtrale que devrait poser un tel spectacle, n’est pas de mise ici. Parce qu’en réalité il n’y a pas de fiction ou alors elle est dérisoire, ne reste alors que le réel dont on ne sait plus que faire parce que l’on ne veut pas non plus le donner comme tel, ce que la télévision ou le cinéma réalisent sans aucun complexe et avec efficacité, et l’appellation de « théâtre documentaire » n’est qu’un formule passe-partout qui ne dit pas grand-chose de la réalité du spectacle.
La métaphore des pages d’un livre dont on tournerait les différentes pages, de chapitre en chapitre (ils sont signifiés), ne s’impose guère (le dispositif est signé par Nadia Lauro), pas plus que les rôles interprétés par une distribution composée de sept comédiens, comédiennes qui assument correctement ce qu’on leur demande d’assumer. C’est simplement cette demande dans le registre imposé qui est défaillant.
Photo : © Christophe Raynaud de Lage
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