AVIGNON OFF : Un humour décapant

Jean-Pierre Han

11 juillet 2025

in Critiques

The Last of the Soviets, conception et mise en scène de Petr Bohac. La Manufacture – Château de Saint-Chamand, jusqu’au 22 juillet à 13 h 55, les jours pairs, navette à 13 h 55. Tél. : 04 90 85 12 71.

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Du célèbre Jaroslav Hasek, le père du soldat Schweik, au dramaturge Slawomir Mrozek, et j’en passe, les tchèques maintiennent une tradition d’humour absurde qui leur permettent de supporter et même de transcender tous les malheurs qui ne cessent de leur tomber dessus. C’est toujours bien sûr très drôle mais aussi paradoxalement à la fois « hénaurme », fin et même subtil, le tout avec une pointe acide. Les membres de la compagnie pragoise Spitfire company font incontestablement partie de cette tradition. À cette nuance près, en tout cas avec l’opus qu’ils présentent à Avignon, The last of the Soviets, en espérant d’autres lieux de représentation en France, qu’ils œuvrent certes dans le domaine dramatique, mais qu’ils ont le bon goût de l’agrémenter de l’ajout de tout un travail sur le théâtre d’objets, voire d’une approche chorégraphique dans d’autres projets.

The last of the Soviets annonce la couleur dès son titre. Il est donc bien question de l’encombrant voisin soviétique (heureusement les deux pays n’ont pas de frontière commune !), et même uniquement dudit voisin. Pour faire bonne mesure et être dans la justesse des choses le concepteur et metteur en scène du projet, Petr Bohac, a travaillé à partir des précieux et nombreux écrits de Svetlana Alexievitch qui sur la réalité russe est experte en la matière.

Soit donc, dans notre fiction, assis derrière une table face au public deux présentateurs, un homme et une femme, d’un journal télévisé chargé de nous donner des nouvelles de la vie quotidienne russe. Cela se passe tout juste dans l’après Tchernonyl avec les conséquences de la catastrophe, dont il va être abondamment question, annonce après annonce… Et c’est en ces endroits que la verve dévastatrice du duo va donner sa pleine mesure. Leurs annonces sont transposées et affermies par tout un travail – miniaturisé – de manipulation avec de minuscules objets filmés et agrandis : c’est d’une réelle efficacité, d’autant que les choses avançant dans leurs états d’absurdité ricanante, oubliant peu à peu leurs rôles Inga Zotova-Milkshina et Roman Zotov-Mikshin vont se lever et commencer à effectuer un drôle et tout aussi absurde ballet… Un mélange des genres, le tout s’achevant dans une réjouissante déglingue qui permet d’apprécier le talent de comédien des deux protagonistes qu’on aimerait pouvoir apprécier à leur plus juste valeur. En l’état leur gestuelle évoque les traits de dessins forcément satiriques. Et reste – on pourra le regretter – plutôt discret, comme en demie teinte notamment en ce qui concerne la manipulation des objets.

La compagnie présente les jours impairs un autre spectacle, Vivat Messi qui, on l’aura compris, chemine dans un tout autre registre.

Photo : © Majda Slammova