AVIGNON IN : Présence de François Tanguy

Jean-Pierre Han

10 juillet 2025

in Critiques

Par autan par le Théâtre du Radeau, François Tanguy. Gymnase du lycée Mistral. Du 12 au 14 juillet à 12 h. Le 13 à 12 h et 18 heures. Tél. : 04 90 14 14 14. festival-avignon.com

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Le Festival présente les deux derniers spectacles qu’avait conçu François Tanguy avec l’équipe du Radeau, Item et Par autan qui formaient sans doute, du moins dans son esprit, un tout, sinon un diptyque. Et il n’est, pour commencer, qu’à revoir Item (pour la troisième, quatrième fois ?) pour constater qu’avec cet opus François Tanguy semblait chercher – toujours son esprit de recherche – à débroussailler une nouvelle voie (voix ?). On aura d’ailleurs été surpris dans un premier temps de constater que la part des textes se faisait de plus en plus présente et surtout soudainement audible, ce qui n’était pas tout à fait le cas auparavant, loin de là, comme s’il cherchait la justesse des mots.

De leur côté les membres du Théâtre du Radeau participants au travail de Tanguy à quelque niveau que ce soit lors des dernières créations, tous dans le même élan malgré leurs obligations professionnelles respectives parfois par ailleurs, ont décidé de reprendre le flambeau, de continuer à présenter les deux spectacles, les deux derniers, non pas pour ressusciter ce qui ne pouvait l’être, mais peut-être plus simplement pour porter une dernière fois le souffle de leur ami. Faire sentir sous la houlette de Laurence Chable et des « historiques » comme Fröde Bjornstad, ce qui pouvait encore subsister – de la manière la plus précieuse, voire méticuleuse – de cet élan que fut la vie de créateur de François Tanguy.

Ce que l’on voit aujourd’hui avec la poursuite d’Item et de Par autan est quelque chose d’exceptionnel et de terrifiant tout à la fois. Car tout Tanguy est là, et rien n’y est. Lorsque ses spectacles se jouaient, François Tanguy n’était pas sur scène, mais il était là. Irrémédiablement, pas très loin, souvent près de la table de régie ou ailleurs. Il était là. Pendant tout le déroulement du spectacle. Il y avait son souffle, sa pensée, les tableaux mouvants émanaient de sa présence, avec les heurts, les accrocs et cette infinie violente douceur. Ceux qui découvrent ses spectacles aujourd’hui sentent bien quelque chose d’étrange se dérouler sans pouvoir mettre en mots de quoi il s’agit vraiment, de quel ordre est cette « chose étrange ».

Concernant cette « poursuite » de l’œuvre, on n'a bien sûr pas manqué d’évoquer Tadeusz Kantor que François Tanguy a connu et qu’il admirait (la réciproque étant sans doute vraie, en tout cas les deux artistes se comprenaient au sens fort du terme) non pas par rapport aux œuvres qu'ils avaient réalisées, mais parce qu’à la mort de l’artiste polonais, sa compagnie a voulu continuer à jouer avec bien sûr la chaise vide inclue dans le spectacle mais en bord de scène, et sur laquelle il s’asseyait, intervenant parfois à son gré. Une violente querelle s’était développée à ce sujet. Rien de tel avec François Tanguy malgré les apparences. La poursuite d’Item et de Par autan n’est pas de cet ordre, et le fort vent d’autan qui emporte tout sur la scène de son spectacle, marquera sans doute l’esprit de ceux qui découvrent le théâtre du Radeau. Car il faut découvrir, toujours redécouvrir, l’œuvre de François Tanguy qui va bien au-delà des simples représentations d’Item et de Par autan. C’est une vie, toute une vie dans laquelle il faut s’immerger. Le Radeau est sur Avignon, on aura pu (re)découvrir deux films (de Patrick Viret et de Léo Boisson) qui lui sont consacrés lors d’un après-midi aucinéma Utopia dans le cadre des Territoires cinématographiques réalisé par le Festival et le cinéma Utopia, et dont on remarquera que la présence de la langue arabe est bien plus présente que dans la programmation officielle du Festival (!), ce qui n’est d’ailleurs pas bien difficile… D’autres manifestations, rencontres, expositions et stages affirment ce qui a toujours été la manière d’être du Théâtre du Radeau. Et sans doute – une utopie bien sûr – aurait-il été heureux que le Radeau ait durant le festival et de ses représentations un lieu, maison, hangar ou tente, à lui dévolu, un lieu de vie comme celui de la Fonderie au Mans mais en miniature, pour que la vie ne cesse de circuler. Douce utopie bien sûr !

Photo : © Jean-Pierre Estournet