AVIGNON OFF : Belles et singulières propositions théâtrales
Ça ne se fait pas, avec Marie de Dinechin interprétée par Lucile Roche et Gabriel Chirouze par Jean Destem. Mise en scène de Frédéric Fisbach. 11-Avignon, salle 3, à 9 h 50. Jusqu’au 24 juillet, sauf les 11 et 18 juillet. 11avignon.com

Si Frédéric Fisbach est bien le signataire, en tant que metteur en scène, des deux singulières et passionnantes propositions présentées au Théâtre 11, il faudrait sans doute, pour être tout à fait dans la justesse des choses, préciser ce qu’il en est de son parcours et des dispositifs par lui inventés dans lesquels il évolue. Peut-être son travail avec Dida Nibagwire pour le spectacle Gahagu Gato bientôt présenté dans le IN, d’après le roman de Gaël Faye en donnera-t-il l’occasion. En tout cas pour l’heure (matinale !) il a le très bon goût de nous offrir deux solos, l’un féminin, l’autre masculin, assumés par de jeunes créateurs dans le cadre d’un projet, « Aux singuliers », mis en place au Théâtre national de la Colline en octobre dernier. Deux solos donc parmi les six mis en scène par Fisbach, pour ce qui est, à la fois une révélation et un… bonheur.
Deux solos qui s’enchaînent tout naturellement quasiment sans temps mort et que l’on pourrait pour ainsi dire qualifier de diptyque, le second (masculin) étant l’envers de l’autre (féminin). Plateau nu avec pour seul accessoire une chaise : place au jeu, ceux de la langue et du corps. C’est de ce point de vue une parfaite réussite.
Le titre de la première proposition signée Marie de Dinechin est à lui seul tout un programme, Quand un pigeon a manqué de me crever l’œil ou comment j’ai voulu faire quelque chose et répond pour ainsi dire au titre générique de l’ensemble Ça ne se fait pas. Non, effectivement « ça ne se fait pas » ! C’est bien ce qu’apprend à ses dépens l’adolescente de 14 ans assise sur la chaise face au public et qui narre son irrépressible désir « de faire quelques chose ». L’écriture toute en délicatesse de Marie de Dinechin se démarque des productions courantes (enfin !), elle est prise en charge avec une incroyable finesse et autorité tout à la fois par Lucile Roche (voir photo). Assise sur la chaise sur laquelle elle adopte toutes les délicates positions possibles sans jamais mettre pied à terre, elle distille dans une diction parfaite (enfin !), avec une étonnante maîtrise le beau et très personnel texte de l’autrice. Une sorte de chant d’une jeune fille qui découvre le monde et entend lui imprimer la force salvatrice de ses désirs. Marie de Dinechin possède un univers poétique bien à elle que son écriture cisèle avec force et talent.
D’une toute autre manière, dans ses Années Fleetwood Mac, Gabriel Chirouze tente de suivre le même chemin, plus prosaïque et n’hésite pas à s’appuyer sur les stéréotypes du moment, à travers la virevoltante personnalité de son interprète Jean Destrem. Au parcours intérieur du duo Marie de Dinechin et Lucile Roche s’oppose un parcours tout en explosion, en extérieur, du duo Gabriel Chirouze-Jean Destrem. Le brillant comédien parcourt la scène (et même l’extérieur de celle-ci) en tout sens, joue à la limite du sur-jeu qu’il maîtrise lui aussi parfaitement. Resterait néanmoins à davantage resserrer les rouages de ces machines à jouer. Le double spectacle y gagnerait certainement.
Le quatuor est composé de jeunes gens qui ont moins de trente ans, mordent la vie, chacun à sa manière, à pleine dent. Le monde (théâtral) devrait être à eux, d’autant qu’à regarder de plus près leurs parcours respectifs (pour les comédiens par exemple) ils sont déjà bien partis pour suivre de belles trajectoires. On ne demande qu’à les voir dans d’autres aventures et d’autres registres. Pour le plaisir.
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