Lectures: 14ème numéro de Frictions
Le dernier et quatorzième numéro de Frictions vient de paraître; la revue a dix ans déjà- ce que dans le petit monde des revues est un beau record- et Jean-Pierre Han la dirige avec ténacité dans des conditions toujours précaires. Pour cet anniversaire, ce numéro rassemble dix textes parus au fil de ces années et un extrait de la dernière œuvre de Philippe Malone SeptembreS. Le choix du comité de rédaction a été des plus pertinents: il y a d'abord quelques belles pages de Marie-José Mondzain, qui n'était pas aussi connue en 99 que maintenant, avec un essai de définition de l'image par rapport à ce que l'on pourrait appeler la visibilité”.La vérité de l'image, dit-elle, comme la vérité de l'art, c'est précisément l'imaginaire de la liberté”. C'est une réflexion qui est toujours d'actualité à un moment où les metteurs en scène font souvent un peu n'importe quoi avec les images de fiction .Il y a aussi un texte très intéressant de Thomas Martin, écrivain et dramaturge allemand qui collabora notamment avec Heiner Muller et Frank Castorf sur le silence au théâtre, une lettre ouverte aux gens de mon âge de Wajdi Mouawad , réflexion sur la guerre et le terrorisme et sur la construction du bonheur par une société. C'est non seulement fort bien écrit mais d'une vive intelligence. Tout comme Le langage de la solitude de l'écrivain uruguayen Carlos Lorcano, auteur de romans et de théâtre qui propose de raconter, comme il dit ,un voyage aux limites extrêmes de la langue dans une prison où il fut interné dans les années 70-80. La parole y était réprimée et faute de parler on en perdait évidemment la nécessité et l'on préférait écouter le silence. Carlos Lorcar unit la nécessité de la parole à celle d'une réflexion sur celle de la solitude et de la liberté. Il y a aussi- on ne peut pas citer tous les articles- Pessimisme/ Optimisme, une belle série photo de John de la Crame parue en 2008.
Philippe du Vignal
La revue Frictions est en vente dans les librairies de théâtre ; rédaction, abonnements: 27 rue Beaunier 75014 Paris
Frictions, revue trimestrielle
L’étymologie du nom friction désigne bien le propos de cette nouvelle revue consacrée au théâtre. Des paroles parfois singulièrement décalées s’échangent, se croisent, se confrontent pour tisser les unes entre les autres des passerelles menant le lecteur jusqu’au creuset d’un monde en perpétuelle recherche de créativité. Le théâtre n’est plus alors présenté comme un espace clos, réservé exclusivement aux gens de théâtre, ou un espace vide qui le réduit à une actualité souvent mince et parfois affligeante de médiocrité ; mais comme un espace ouvert à des paroles vivantes, des témoignages ou des réflexions qui redéfinissent les enjeux d’un monde de l’éphémère, dans lequel la parole naît de la traversée d’une expérience unique, parfois douloureuse mais toujours exaltante. A côté de témoignages d’acteurs tels Christiane Cohendy ou Aladin Reibel, on remarque, dans ce premier numéro, la superbe intervention de Marie-Josée Mondzain qui redéfinit l’image comme champ de réflexion théologique et philosophique portant en soi l’exercice de la liberté et la notion même de responsabilité. Une revue qui met en circulation des idées, ouvre des perspectives, opère des mises au point sur l’art théâtral en donnant la parole à différents acteurs d’une pensée en mouvement.
Anne VIREVIALLE
Frictions
Ecritures - Théâtres
N° 1, automne 1999
Ce n’est pas son titre qui nous apprendra que Frictions est une revue théâtrale. Au mieux son sous-titre (ou plutôt son sur-titre, si l’on se réfère à la mise en page de la couverture) l’indique comme en passant : « Écritures – Théâtres ». Au pluriel. Le contenu de Frictions préfère en effet l’éclatement à l’unicité. De même que le spectacle vivant privilégie depuis quelques années l’hybridité et, en particulier, aime à mêler au théâtre traditionnel, danse et installations plastiques, Frictions entend inscrire la réflexion sur le théâtre dans une problématique autrement plus large. L’image (photographie, dessin) tient une place non négligeable dans la revue. Sans rapport direct avec le texte, ces illustrations sont comme autant d’interrogations mises en regard de l’énoncé Le statut de l’image fait d’ailleurs l’objet d’un questionnement récurrent (c’est notamment le sujet des entretiens de Jean-Pierre Han avec la philosophe Marie-José Mondzain). Lorsque le théâtre est abordé, il l’est, pour ainsi dire, de biais (à travers la notion d’imagination dans l’article d’Edward Bond, « La prochaine scène » , ou à travers la perception individuelle du réel dans celui d’André S. Labarthe, « Pour un théâtre impossible », publiés, tous deux, dans le numéro 1). Frictions publie aussi des textes qui traitent du théâtre de manière plus traditionnelle : les deux premiers numéros s’ouvrent sur des entretiens avec des praticiens (Giorgio Barberio Corsetti, pour le premier, Frédéric Fisbach pour le second). Deux metteurs en scène d’âges et d’origine différentes qui, répondant aux questions que leur posent Jean-Pierre Han et Robert Cantarella tentent de formuler ce qui les motive et ce à quoi aspire leur pratique. On louve même dans le numéro 2 des critiques de pièces récentes, dont une passionnante analyse du Colonnel-oiseau de Hristo Boytchev par Alain Brossat. Enfin, Jean Jourdheuil et Irène Bonnaud, dans le numéro 2, en amont de notre actualité théâtrale, font retour dans un passé susceptible d’expliquer une situation présente. Irène Bonnaud, dans un article intitulé « Brecht et notre temps », fait une critique sévère de la réception brechtienne de cette dernière année. Jean Jourdheuil, quant à lui, enfourche son traditionnel cheval de bataille pour fustiger , au détour d’une étude sur « La Mère au Berliner Ensemble », l’orthodoxie brechtienne qu’il combat depuis ses premiers pas dans la mise en scène. Ainsi, Frictions apparaît bel et bien comme un kaléidoscope de textes et d’images dont le théâtre serait un motif déclinable à l’infini. A l’image de notre paysage théâtral, la revue, rompant avec une certaine tradition de la critique universitaire, adopte le mélange des genres et élargit ainsi son horizon. A l’image du théâtre français de ces dernières années, Frictions gagnerait, aussi, à se donner une ligne éditoriale un peu plus déterminée.
Julie de Faramont
Frictions décline les vertus d’une indépendance aux frontières du secret. Les « frictions » pratiquées sont de celles qui déclenchent de petites étincelles, au frottement d’objets de pensées suffisamment inattendus pour provoquer des réflexions inédites. Frictions a un goût particulier pour les voix atypiques, les angles inattendus, la remontée de courants adverses. Illustrations dans sa cinquième livraison, avec des textes du Canado-Libanais Wajdi Mouawad par exemple, renvoyant dans un jeu de miroirs les mots et les concepts entre Orient et Occident : « L’Occident aussi a ses kamikazes qui lui permettent de vivre comme un sacrifice collectif inconscient le suicide. » Emouvant témoignage de Marie Vitez, sur la Phèdre mise en scène par son père, Antoine ; et conclusion avec le grand metteur en scène allemand Einar Schleef - disparu l’été dernier - qui raconte « l’expérience- clé » de son travail avec un groupe de bègues. Un récit d’écriture si intense qu’il paraît toucher la plus haute fiction.
J.-L. P.
LE BEL ENTRELACS DE « FRICTIONS »
On savait cette revue en chantier, et on l’attendait. Mais Qu’attendait-on au juste ? Une revue de plus sur le théâtre… Au fond ce n’aurait pas été si mal : en la matière, il n’y a pas pléthore. Peut-être parce qu’on n’attendait rien de précis, en somme, le premier numéro de Frictions réjouit bien au-delà de ce qu’on espérait.
Fondée par le journaliste Jean-Pierre Han, cette revue ne cherche heureusement pas à concurrencer le « commentaire » des médias sur l’actualité des spectacles. Il d’agit ici d’un autre temps du théâtre, que fonde une exigence du regard et de la pensée, impliquée dans « le déroulement d’une chaîne », donnant à éprouver les enjeux esthétiques et politiques qui en forment l’histoire.
Écritures \ théâtres : les « frictions » que cette publication trimestrielle porte en titre sont forcément multiples. Inaugurant un espace de frottement où la diversité des approches ne serait ni dogmatique, ni cacophonique, Frictions propose en « une sorte d’entrelacs » réflexions, entretiens et fragments qui, loin de clore le thème du théâtre dans une autarcie retranchée, ouvrent des horizons stimulants. Comme Trafic s’y emploie à partir du cinéma, par exemple.
L’acte artistique y est généreusement déployé à travers la parole de metteurs en scène, d’acteurs, d’auteurs, de scénographes… (entretiens avec Giorgio Barberio Corsetti, analyse d’une scène de Hamlet pas Robert Cantarella, impressions de Jean-Claude Durans ” à la recherche d’Antoine Vitez ”, notes de la scénographe Gilone Brun).
Sa mise en perspective critique, philosophique (magnifique entretien avec Marie-José Mondzain pour « une définition de l’image » ; texte perturbant de Jean-Paul Curnbier sur « Illusion et morale au théâtre ») et politique (salutaires interventions de Michel Simonot, Jean Jourdheuil et Alain Françon) traverse les 136 pages de Frictions dans l’heureuse incitation à prendre l’air du théâtre comme art de voir, de percevoir et de concevoir.
Ajoutons qu’au souci d’écriture qui fonde cette entreprise de pensée, la sobre élégance visuelle de Frictions (photgraphies d’Anna Pricaupenko, maquette de Jean-Michel Diaz) donne à sa lecture le goût d’une certaine sensualité de l’objet-revue.
J. -M . A.
revues
Frictions
Surgie des frottements entre théâtre et écritures, Frictions croise dans sa première livraison les réflexions et les passions d’auteurs, de metteurs en scène, de philosophe, d’universitaires et d’acteurs. Aux professions de foi tonitruantes, la revue préfère les découvertes en marchant, et s’élance d’emblée dans la foulée d’Edward Bond : “La structure de travail de l’imagination est la forme dramatique.” Image et imagination : tel pourrait d’ailleurs être son thème inaugural, s’il on s’en tient à André S. Labarthe : “Le théâtre peut être tout sauf une image” et à Marie-José Mondzain : “Même les gens qui sont spécialisés dans l’image mobile, dans le spectacle vivant, travaillent avec le temps, et travailler avec le temps, c’est freiner, c’est ralentir.” Un long et dense entretien avec Giorgio Barberio Corsetti fait le point sur la situation du théâtre en Italie en traçant le portrait d’une génération - celle des quadras - sur laquelle reposent maintenant les espoirs de renouveau dans la péninsule.
J.-L. P.
Frictions, théâtres/ écritures
A Paris, vient de paraître une nouvelle revue théâtrale et littéraire, Frictions, dirigée par Jean- Pierre Han. La volonté éditoriale est de « s’en remettre au faire de l’écriture et de la pensée ». Un projet ambitieux, mais légitime et nécessaire à une époque où le théâtre donne trop souvent le sentiment que l’écriture et la pensée ne sont plus sa préoccupation.
Ce numéro 1 rassemble des textes d’auteurs (Edward Bond, Wajdi Mouhawad, Jacques Roman), de metteurs en scène (Alain Françon, Jean Jourdheuil), de comédiens (Christiane Cohendy, Jean-Claude Durand…) ou de gens plus extérieurs au théâtre comme le cinéaste André S. Labarthe qui témoignent de leur façon d’approcher et de vivre le théâtre. La succession, ou plutôt la juxtaposition, de ces voix très personnelles, parfois contradictoires suscitent un débat nourri et passionnant. En quatrième de couverture, on a noté les définitions du mot « frictions ». Au figuré, ce mot signifie « désaccord, heurt ». On souhaite en effet que Frictions apporte suffisamment de désaccords pour pouvoir réveiller le théâtre français de sa léthargie.
C. B.
Frictions - theatre/writing In Paris, a new theatre and literary review has just come out. Frictions, run by Jean-Pierre Han. The editorial committee’s goal is to “return to the act of writing and thinking”. An ambitious project, but a legitimate and necessary one at a time when the theatre too often gives the impression that writing and thinking are no longer its concern. This first edition brings together texts by authors (Edward Bond, Wajdi Mouhawad, Jacques Roman), directors (Alain Françon, Jean Jourdheuil), actors (Christiane Cohendy. JeanClaude Durand…) and people who are more external to the theatre like the filmmaker André S. Labarthe who speak of their way of approaching and experiencing theatre. The succession, or rather the juxtaposition of these very personal and sometimes contradictory voices generates a substantial and passionate debate. On the cover there is a note giving the definition of the words “frictions”. Taken figuratively, the word means “disagreement, clash”. In fact it is hoped that Frictions will lead to enough disagreement to shake French theatre out of its lethargy.
Enfin une revue de réflexion sur le théâtre !
Frictions
Le théâtre et l’écriture dans une revue. Une nouvelle revue, trimestrielle, éditée en France sous la houlette de Jean-Pierre Han. Pas une revue sur l’actualité des scènes et des rayons de librairie ; ou pas seulement. Une revue sur le monde, sur les hommes, sur leur vie, leurs peines, leurs étincelles de génie, leurs interrogations… donc sur le théâtre, sur l’écriture. Brouillardeux ? Prenez l’ exemple de la presse quotidienne, et vous comprendrez peut -être mieux : donner naissance à Frictions, c’est un peu comme si on ressuscitait la Gazette de Lausanne, avec ses forums d’expression libre, ses espaces de dissertation et d’humeur, ses chroniques d’écrivains, ses essais philosophiques - qu’on la ressuscitait au milieu des tendance rédactionnelles actuelles, fondées presque entièrement sur les « services » (avant-premières, agendas, « votre soirée en trois lignes »…), et plus du tout sur l’esprit critique qui jusqu’ici prévalait dans ce métier. La bataille de l’épicier contre le gérant de supermarché ; de l’épicurien contre le consommateur ; du passionné conte le mondain… REINSTAURER UN DEBAT « Ni journal, ni magasine, Frictions se situe délibérément dans la mouvance des revues de réflexions », écrit Jean-Pierre Han dans la présentation de son “bébé”. « Elle entend réinstaurer le débat depuis si longtemps disparu dans le monde du théâtre, sans craindre la polémique, mais sans la rechercher artificiellement. » Non sans un certain arrière-goût de Jacques Roman, dont la signature d’ailleurs figure au sommaire du premier numéro. L’ART DOIT PRENDRE PARTI Frictions entend réinterroger les véritables enjeux de l’activité théâtrale », continue le directeur de la publication, « et donc être un lieu d’émergence d’une authentique pensée critique qui passe bien évidemment par une écriture digne de ce nom. La fonction de l’Art est de prendre parti ; Frictions prendra parti pour une certaine idée du théâtre. Car il n’est pas vrai que tout équivaut à tout, c’est à dire, en fin de compte, à rien. » Comment ne pas se montrer emballé par une si belle initiative ? D’autant qu’elle accueille sur son navire non pas uniquement des homme et des femmes de théâtre, mais des personnalités d’horizons très divers - des esprits plus que des spécialistes. Longue vie à Frictions !
ANTONIN SCHERRER
Revue - Théâtre
Les lecteurs de nos pages culturelles sont familiers de la signature de Jean-Pierre Han, critique dramatique exigeant et respecté comme tel par le monde de la scène. A travers le sommaire du numéro inaugural de Frictions, une revue qu’il vient de fonder, on retrouve son ouverture à la création, sa réflexion si politique sur le théâtre et son goût des textes et des auteurs de notre temps : ici, Edward Bond ou Samuel Beckett. Entouré d’un collectif remarquable, qui compte l’auteur dramatique Eugène Durif, le metteur en scène Robert Cantarella et le cinéaste André S. Labarthe, Jean-Pierre Han fournit un nouvel espace de lecture et de pensée, à la hauteur du « surtitre » pluriel de sa revue : « théâtre/écriture » . Applaudissements nourris, en attendant l’acte II !
F. D.